Les 50 ans de "Ville marxiste, terre de mission"  
     
  Il y a 50 ans parraissait "Ville marxiste, terre de mission", un témoignage toujours d'actualité dont voici une des plus belles pages  
     
 

Si nous sommes responsables que Dieu ait été perdu par des hommes, nous devons peut-être en souffrir, nous devons surtout leur rendre Dieu. Nous ne pouvons pas donner la foi, mais nous, nous pouvons nous donner ; la foi a mis Dieu en nous, nous pouvons le donner en même temps que nous : à la ville. La question n'est donc pas de nous en aller n'importe où, ayant au coeur le mal des autres, il s'agit de rester près d'eux, avec Dieu entre eux et nous.

Un jour, pour révéler sa présence à un homme qui vivait l'exil d'un peuple et sa solitude religieuse, Dieu s'est servi d'une brassée d'épines. Dans le peuple des patriarches et des prophètes Dieu pour se manifester vivant, pour dire son nom, pour appeler un homme, s'est contenté d'un buisson, mais ce buisson était un feu. Sa vie de buisson était devenue tout entière la vie d'un feu qui venait de Dieu et qui restait à Dieu.

Pour rendre Dieu, le faire présent, en faire la compagnie des hommes nous n'avons pas besoin de valoir cher, une brassée d'épines suffit ; mais nous devons, sans valeur, sans surface, sans grandeur devenir, comme nous l'avions pressenti, sacrifice ; devenir une vie donnée au service même de la foi, au service de la vie même de Dieu.

Il s'agit d'une mort et d'une résurrection, de mourir à ce que nous aurions été si nous étions seulement des hommes, de ressusciter à ce que nous sommes en étant des hommes chrétiens. Il s'agit d'accepter la foi comme un amour vivant de Dieu, comme la vie de cet amour dans notre chair, dans notre coeur, dans notre esprit. De ne pas faire de la foi un contrat intellectuel où l'on se déclare d'accord, maids l'alliance dans la vie et pour la vie que la Sainte Vierge a exprimé la première : "Qu'il me soit fait selon votre parole." Les paroles mêmes de l'amour vivant de Dieu, enfouies dans nos ronces sauvages, soyons assez soumis pour qu'elles soient libres. Les promesses faites par Jésus-Christ à "ceux qui les écoutent", "qui les gardent", "qui les conservent", "qui les observent", sont formelles et claires : elles promettent la présence de Dieu en nous, son action en nous, sa puissance en nous, sa lumière en nous, à la condition qu'elles établissent librement et impérativement en nous l'ordre qui est le leur : le primat absolu des deux commandements de l'amour. Si l'amour de Dieu est ainsi rendu libre en nous par notre entière soumission à lui, Dieu ne sera pas seulement présent, il sera manifesté, quelque chose de lui deviendra visible aux hommes, à nous-mêmes comme aux autres. Chaque circonstance contiendra les conditions d'un aspect de l'amour de Dieu vécu grâce à elles, traduit par ce qu'elles apportaient dans la vie d'aujourd'hui, à des gens d'aujourd'hui, par des tâches d'aujourd'hui. Et chacun de ces actes liés les uns aux autres, comme chaque parcelle de braise est liée au feu, sera comme un mot crié dans un message lu à voix basse. Chacun apportera avec lui l'exigence de l'amour évangélique, massive autant que minutieuse, où rien, même le plus petit détail, ne peut être mis à part.

 

(Extraits chap. III pp. 193-194, DDB, 1995)

 
     
 
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