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MADELEINE DELBREL, DES RENCONTRES DECISIVES

Ouvrage d’étude de Bernard Pitaud publié en février 2017 par l’A.A.M.D.
Si l’étude sur les relations de Madeleine avec Mgr Veuillot revêt une importance particulière, les six autres études du livre apportent des éclairages nouveaux comme en témoignent les extraits ci-dessous dont on trouvera le contexte en se référant à l’ouvrage.

La Cabucelle : une fin mouvementée

 

Madeleine Delbrêl est avertie des difficultés que traverse la mission à la Cabucelle (…).

Au P. Max Bart, elle va envoyer une longue lettre pour lui dire sa proximité et lui ouvrir un chemin spirituel dans cette épreuve. Ce 12 juin 1961, elle sait « la fin du statu quo », comme elle le dira à Jacques Loew, mais elle ne sait pas encore ce qui va être concrètement décidé, pas plus que son interlocuteur. C’est pourquoi elle veut le soutenir dans cette incertitude douloureuse et angoissante dans laquelle il se trouve… Elle commence par l’assurer de son amitié : « je veux vous dire que mon amitié la plus chaleureuse est avec vous, et ma prière instante, inquiète, fraternelle, près de vous et près de Dieu ensemble. » Madeleine savait à merveille, grâce aussi à son talent d’écrivain, manifester à quelqu’un sa cordialité, lui montrer qu’il comptait beaucoup pour elle et qu’elle était très présente à la situation qu’il vivait… Son style est porteur d’une force de persuasion extraordinaire : « Je voudrais de toutes mes forces, et bien que cela semble impossible, vous faire partager une certitude qui est la mienne. » C’est un exemple parmi bien d’autres. Quelle est donc cette certitude ? C’est que l’espérance de son correspondant ne doit pas faillir. L’objet concret de cette espérance est que l’appel du Seigneur à « faire retentir l’Evangile chez les pauvres d’aujourd’hui » ne cesse pas de se manifester et que la réponse que le Père Bart lui a jusqu’ici donnée ne doit pas s’arrêter non plus. La différence avec le passé, c’est que toute une équipe répondait à cet appel. Maintenant, « cette garde et cette charge pratique vous sont laissées à porter pratiquement seul. » Il doit accepter cette solitude, accepter que l’évangélisation des pauvres lui soit confiée et qu’il soit seul (peut-être à la Cabucelle, peut-être ailleurs) à en porter le poids. Pour cela, il doit croire à « l’efficacité toute-puissante » de Dieu dans ce travail qui a la vie éternelle comme objectif. Mais la loi de cette efficacité surnaturelle, c’est « d’espérer de la seule Espérance que Dieu nous donne pour espérer dans les seules promesses de Dieu. » C’est donc à une foi et à une espérance libérées de toute attache humaine que Madeleine exhorte le Père Bart. Elle le lui dit clairement : « Dieu ne laisse rien perdre de ce qu’il donne. Ce que ces longues années ont fait par vous, ont fait de vous, n’est certainement pas destiné à être perdu si vous le gardez avec toute votre espérance … et peut-être contre tout espoir. » Ce « contre tout espoir » oblige à se détacher de tout, y compris d’un projet apostolique dont personne ne sait s’il continuera d’être mis en œuvre à la Cabucelle. Et elle poursuit, pour que ce soit bien clair : « Cela même si supérieurs, évêque, Jacques semblent à travers les circonstances vous laisser porter seul ce don de toute une vie d’homme dont vous pouvez ne plus savoir qui en voudra. » Mais la condition, pour rester dans l’espérance, c’est de travailler à l’unité.
« Je suis persuadée que la principale preuve que vous deviez en donner à Dieu c’est de vous affermir, de vous réaliser, au fond de vous-même, dans l’unité avec tous ceux à travers lesquels l’appel à la mission, l’envoi à la mission, la vie dans la mission vous ont atteint ; les réalités que Dieu nous donne à vivre sont toujours charité et donc unité. J.C. ne nous donne rien à être et rien à faire qui en même temps ne soit pas de la charité et de l’unité. »…
« Ce que vous pouvez faire de plus puissant pour eux, c’est de vous confier vous-même à Dieu. Si vous lui offrez votre paix pour eux il vous traitera comme un de ses fils, les « pacifiques», et il traitera la Cabucelle comme ses « petits enfants », comme des petits enfants auxquels on ne peut pas refuser la paix. »
C’est ainsi qu’elle termine sa lettre à ce prêtre qu’elle connaît bien et qu’elle ose rappeler aux exigences les plus profondes de son ministère et de sa mission. » (…)
(M. Delbrêl, des rencontres décisives par B. Pitaud, fév. 2017, pp. 224-229)
 

La France pays de mission ? – « Missionnaires sans bateaux » :
une relation possible


(…)
Les pères Godin et Daniel, après avoir porté un diagnostic, dessinent un objectif à atteindre, évaluent les obstacles et définissent des moyens. Madeleine Delbrêl revient à la source de l’action missionnaire, l’Esprit-Saint lui-même, puis elle en indique le lieu : les frontières, et elle en montre les exigences pour le missionnaire. Il faut partir d’abord, même si l’on reste sur place : « Il n’y a pas de mission sans départ, pas de mission sans franchir la frontière chrétienne où nous sommes. Il faut partir de l’endroit où Dieu est pour aller là où Dieu n’est pas ». (…)

Il faut donc se quitter et prendre la route, mais en se laissant habiter par un autre, et c’est là surtout que Madeleine Delbrêl diffère des abbés Godin et Daniel. Là où ces derniers voient le mystère de l’Incarnation se renouveler par la présence de l’Eglise dans le monde, ce qui ne manque pas de justesse, Madeleine Delbrêl comprend ce même mystère comme étant d’abord la venue de la Parole dans le missionnaire lui-même (…). On le voit, il ne s’agit en rien pour Madeleine Delbrêl d’élaborer une stratégie apostolique, mais bien de conduire les missionnaires eux-mêmes à la conversion :
« On ne peut être missionnaire sans avoir fait en soi cet accueil franc, large, cordial, à la parole de Dieu. Cette parole, sa tendance vivante elle est de se faire chair, de se faire chair en nous. Et quand nous sommes ainsi habités par elle, nous devenons aptes à être missionnaires ».

L’accueil de la Parole en nous est donc la condition nécessaire pour être missionnaire. Cela est parfaitement cohérent avec la conception de la mission qui habite Madeleine Delbrêl depuis son arrivée à Ivry : la mission n’est pas l’accomplissement d’un certain nombre d’actes qui permettent l’annonce de l’Evangile ; c’est d’abord être le Christ au milieu de ce monde. (…) Godin et Daniel posent la question : qu’est-ce qu’il faut « faire » pour « conquérir » le monde ouvrier ? Ils répondent : il faut créer une mission. Madeleine Delbrêl se demande : qu’est-ce qu’il faut « être » pour recevoir le nom de missionnaire ? Et elle répond : il faut être le Christ en ce monde. (…)

Le grand souci de Madeleine, c’est de puiser à la source du désir apostolique. Pas d’apostolat sans conversion permanente, sans que le missionnaire soit habité par la charité du Christ lui-même. Elle relativise les moyens à prendre pour insister sur l’attitude profonde qui ne peut être que reçue du Christ. Nous sommes « des agies et non des actives », dira-t-elle plus tard. Le témoignage n’est pas d’abord celui-ci du dire ou du faire, il est celui de l’être chrétien qui dit et fait ce que l’Esprit du Christ lui inspire. Dans les multiples tentatives de réponse aux demandes de précision au sujet de leur groupe qui lui étaient adressées, Madeleine ne définira jamais celui-ci par des œuvres, mais par le fait d’être le Christ au milieu des gens. Les œuvres viennent en même temps, mais comme les œuvres de la charité, de la bonté du Christ qui habite chaque personne du groupe. (…)
(M. Delbrêl, des rencontres décisives, par B. Pitaud, fév. 2017, pp 241-244)
 

 

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