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Textes du tome IX des Oeuvres complètes: Le mystère de l’Église, c’est celui de l’amour du Christ pour nous

Faisant suite à La sainteté des gens ordinaires (tome VII) et à Athéismes et évangélisation (tome VIII), le troisième volume des écrits missionnaires de Madeleine (tome IX) paraîtra en automne 2011 chez Nouvelle Cité.
Il s’ouvrira avec des textes sur l’Église et nous sommes heureux de vous faire découvrir en primeur des extraits de PAGES INEDITES écrites par Madeleine en 1952 (« évidences successives ») et en novembre 1961 (propos sur le Concile en réponse à une question du Père Yvan Daniel, curé d’Ivry).

L’Église – Évidences successives


Ce ne sont que des notes sur des choses qui se sont considérablement éclairées pour moi depuis mon retour de Rome. (…)
 

A

Le Christ, sur la terre c’est l’Eglise – et l’Eglise elle est le Christ et l’Eglise elle est les hommes.

C’est toute la réalité du verbe être qu’il faut accepter, toute celle du mot Christ et toute celle du mot hommes. (…)

Le Christ c’est l’Eglise.
Il n’est pas plus séparable d’elle que de son Père.

Essayons de voir quelques désaccords entre cette affirmation de notre Foi et nos actes.

Tout homme est à un titre divers le Christ : cellule saine ou malade, vivante ou morte, féconde ou corrompue, naissante ou à naître, croissante ou vieillissante.

Nous cherchons le Christ dans la prière.
Qu’en faisons-nous dans les hommes, quand il est en face de nous ?
Prier c’est apprendre à le traiter comme il doit être traité, à devenir des obéissants et des adorateurs.

Comment le traitons nous dans les hommes : avons-nous pour eux cet infini respect qui vient de l’adoration du Christ, l’obéissant du Christ que nous avons cherché à être devient-il leur serviteur, humble jusqu’aux dernières conséquences ?

Parlons-nous au Christ quand nous parlons aux hommes, parlons-nous du Christ quand nous parlons des hommes ?
Souvenons-nous de certains jugements, de certaines intonations, de certaines expressions.
Si nous ne demandons pas avec quel blé sont faites les hosties pourquoi donnons-nous tant d’importance à la pâte humaine où habite le Christ : aux qualités humaines, aux valeurs, aux dons : intelligence, attraits naturels, civilisation ?
N’y a-t-il pas des hommes que nous aimons plus comme on aime un chien fidèle que comme on doit aimer le Christ ?
N’y a-t-il pas des hommes que nous mettons hors du jeu à cause de leurs opinions de leur classe ou de leur nationalité, de leur race ?

Pourtant une seule exception ne confirme pas ici la règle, elle l’annule tout entière : la charité est infriable [sic].
En face des mauvaises gens, de ceux qui n’ont du Christ que son sang toujours ruisselant pour leur salut possible, ne sommes-nous pas souvent des profanateurs de crucifix les jetant à la poubelle comme à leur vraie place ?

 

B

Le Christ qui nous demande de ne pas l’aimer n’importe où nous demande aussi de ne pas l’aimer n’importe comment.

Là aussi nous avons besoin de développer notre foi pour que notre amour puisse prendre sa taille.

Nous avons fait déjà bien des efforts pour comprendre qu’il ne s’agit pas entre nous, entre tous les Chrétiens d’un amour de similitude mais d’un amour complémentaire.
Nous avons essayé d’être vis-à-vis de la hiérarchie obéissantes et respectueuses.

Il ne me semble pas pourtant que nous ayons sur ce plan touché le fond même du mystère de l’Eglise.
Le fond c’est le mystère même de l’amour du Christ pour nous.
Toute l’Eglise est don du Christ ; toutes les fonctions de l’Eglise sont des modalités de cet amour, de ce don. Et si nous nous laissons si mal aimer par Jésus, et si nous transmettons si mal son amour c’est, je crois, parce que nous ne sommes pas établis dans l’ordre même de la Charité.
Or, quand il s’agit d’amour ce n’est pas avec des droits et des devoirs qu’on arrive au bout du compte. Et quand il s’agit d’un amour qui est Dieu il s’agit d’une chose bien autrement vitale, d’une chose qui demande de nous une sorte de rythme interne, de manière d’être sans lesquels nous ne serons que des demi vivants, des demi sauvés, des demi sauvants [sic]. (…)
Le mot fonction qui a donné en français le mot et la réalité du fonctionnaire ne doit pas nous égarer.
Dans le corps de l’Eglise nous avons une fonction et chacun a la sienne et c’est quelque chose d’aussi réel, d’aussi vital, d’aussi actif, que les fonctions organiques de notre corps.
Ces fonctions n’ont rien à voir avec les aptitudes humaines : il y a des gens intelligents et des gens idiots, il y a des baptisés et des gens qui ne le sont pas : cela relève d’un autre ordre. (…)
Nous avons à connaître, à approfondir notre fonction propre, le don du Christ dont nous sommes comptables.
Baptisés, confirmés nous avons à être le Christ pas retouché pas déformé. A chaque minute nous avons à être en dette de lui tout entier.
A chaque minute nous avons à être les bénéficiaires du don qu’il nous fait de lui à travers les autres.
Etre entièrement généreux et entièrement reconnaissant c’est coïncider avec la grâce de notre Baptême, c’est être vrai (…) Quand nous n’aimons pas de générosité et de reconnaissance nous sommes des menteurs, des saboteurs de la vérité qui est nous. (…)

Quelle est notre attitude, notre vie par rapport aux fonctions qui ne sont pas les nôtres ?
Quand nous sommes au milieu de foyers, unis par la grâce du mariage, quand nous parlons d’eux, quand nous agissons pour eux, défendons-nous, aimons-nous le Christ communiqué au plus intime de l’amour humain ?
Luttons- nous pour qu’il n’y soit pas méconnu, méprisé, mutilé ?

Il y a le Pape, les Evêques, les Prêtres.
Qu’un Prêtre soit n’importe qui ou n’importe quoi, le Christ en lui n’est pas n’importe qui et n’importe quoi. Il est le Christ qui l’a identifié à son sacrifice et à son pardon.
Quand il parle, c’est la grâce d’enseignement du Christ, même si dans son enseignement on reconnaît très mal l’enseignement du Christ, nous devons reconnaître le Christ qui enseigne.

Les Evêques ont la grâce du Sacerdoce complet. Ils sont le Christ portant, communiquant ses pouvoirs à travers le temps, gardant le dépôt de la Foi de toute altération, la propulsant à travers la terre.
Même si l’Evêque ne ressemble pas au Christ, même si ses paroles sont faibles, même s’il semble rester à intérieur du monde chrétien, il y a en lui ce Christ faiseur de Prêtres et de Chrétiens, ce Christ–Vérité, ce Christ qui veut évangéliser la terre.

Le Pape, lui porte la grâce ultime du Christ. Sa fonction est celle qui est la plus proche de celle du Christ.
Dans un Borgia cette fonction était intacte, il restait le Père comme un cerveau rongé par une tumeur reste un cerveau et ne peut être remplacé par rien d’autre.
Nous sommes très loin d’avoir sondé ce que la fonction de la Papauté nous révèle de l’amour du Christ. (…)

Il s’agit pour nous de « croire » à ces fonctions vitales revêtues d’hommes.
Cela peut être un acte de foi facile, il peut être effroyablement onéreux, dans tous les cas pour être authentique il demande et un dépassement de ces hommes et un dépassement de nous. Sans cela il ne serait plus de la Foi.
Oui, il s’agit de respect, d’obéissance, de conséquences juridiquement humaines… mais il s’agit de tellement plus.
Il s’agit de vivre la vérité, de vivre en vérité ce mystère prodigieux du Christ « répandu et communiqué » de le recevoir tel qu’il se donne comme il se donne, à travers des pires constatations apparentes.
Il s’agit d’être Fils en face des fonctions de paternité, disciple en face des fonctions d’enseignements, frère en face des fonctions de père, père vis-à-vis des « filioli », que sont les pécheurs et les infidèles et croire contre toutes les apparences même si ce Père ressemble à un monarque ou à un ministre de la République, même si ce maître ressemble à un pion, même si ce frère ressemble à un ennemi ou à un étranger, même si ce fils ressemble à un brute, qu’à notre amour d’enfant, de disciple, de frère ou de père répond à travers tout et malgré tout, dans la vérité intime de l’Eglise, le Christ qui est l’Eglise et qui nous traite, dans son mystère, en enfant, en disciple, en frère ou en père. (…)
L’Eglise peut nous apparaître à certains moments de notre vie comme une splendide nécropole, comme le tombeau du Christ absent, la hiérarchie comme la gardienne d’anciennes et vénérables splendeurs mais c’est elle qui le jour de notre Baptême nous a appelées par notre nom c’est elle qui demeure celui que nous cherchons et qui n’est plus dans aucun sépulcre parce qu’il est en elle (…)
* * *

Qu’attendez-vous du prochain concile ?

(…)
En vie chrétienne ce qui « nous fait être vivants » c’est la charité ; charité en germe qui nous rend capables de vivre ; charité active qui nous fait vivre, qui nous fait réaliser la vie éternelle.
Or, l’amour de Dieu qui doit nécessairement devenir en nous amour du prochain, ne s’impose pas au cœur de notre existence comme la loi absolue de vie ou de mort éternelles. Si cette loi ne nous pose pas la question d’« être ou de ne pas être », elle nous pose à tout instant celle de choisir « vivre » ou « ne pas vivre ». Comme cela ne nous est pas crié sans cesse plus fort que tout, nous pensons pouvoir préférer à la charité, au nom de vertus particulières, des actes sans charité qui, sans elle, sont des actes morts.

Je souhaite des cris assez fréquents et assez forts dans les messages du Pape, les lettres des Evêques, les sermons des curés, les prédications de tous les prêtres, pour nous réveiller à la charité, pour nous garder éveillés. Pour nous mettre dans la tête une fois pour toutes que l’Eglise et nous-mêmes en elle n’existons que par la charité et que pour la charité. Pour tout le reste, le monde peut se passer de nous !


Comment, à votre avis préparer le prochain Concile dans notre paroisse?

 

En faisant à notre place ce que l’Eglise veut faire pour elle : convertir chaque cellule d’Eglise à laquelle nous appartenons ; en commençant dans cette cellule par notre propre conversion ; en ne nous chargeant pas d’indiquer aux autres cellules ce en quoi elles ont besoin de se convertir ; en aidant pratiquement leurs efforts comme si c’étaient les nôtres.

Deux choses me paraissent particulièrement importantes :
« une révision de foi et de charité »
examiner ce qui est contemporain ou ne l’est pas dans chaque mouvement, groupe, activité … etc. … C’est seulement dans notre temps que nous pouvons travailler au travail du Christ. Ce qui est éternel et ce qui est contemporain constituent seuls notre chantier. Ce qui est anachronique est inutilisable. (…)