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Le Royaume de Dieu, ce n’est pas l’amour du monde, mais celui des hommes

Le texte ci-dessous a été choisi pour vous par Suzanne Perrin, responsable des Équipes Madeleine Delbrêl qui vit actuellement en équipe avec Janette Bernat et Anne-Marie Villemant dans un appartement HLM à Amiens. Il éclaire son engagement : née en 1918, entrée en 1942 dans les équipes de Madeleine après de solides études de droit, elle a fait le choix d’une vie simple au milieu des incroyants et des pauvres. Dans le texte « Église et mission », dont est extrait ce passage, Madeleine explique que le nécessaire engagement du chrétien pour les hommes s’accompagne d’un désengagement du monde.

« Le Royaume de Dieu, c’est la rencontre de Dieu et d’une humanité composée de 1 + 1 + 1.
Il ne surgit pas d’une masse anonyme mais il est reçu par Pierre, Jacques, Jean et communiqué par eux à d’autres Pierre, Jacques, Jean.
Le Royaume de Dieu, ce n’est pas l’amour du monde mais celui des hommes.
Le monde n’est pas une réalité absolue : il est un relatif, un possible sans cesse modifié par le jeu des forces bonnes et mauvaises de tous les cœurs de tous les hommes.

L’Evangile du Royaume nous dit que le monde est sans importance. Ce sont les hommes qui sont importants car il est ce qu’ils sont. Le monde ce sont les vivants de chaque jour qui le font et le défont. Ce n’est pas en travaillant au monde qu’on le rendra meilleur : c’est chaque homme meilleur qui fait un meilleur monde.
Un monde rebâti de nos mains marchant par une sorte d’élan acquis et donnant en fin de compte le salut est une abstraction.
Nous n’avons pas à chercher à faire coïncider le bilan du « Royaume de Dieu » et le bilan du monde. Ce n’est pas la somme des cités justes qui constituera la Jérusalem Céleste mais la somme de tout l’amour qui, dans une Eglise petite ou grande, composée de saints nombreux ou peu nombreux, élargie à des hommes connus et inconnus, réactivera la Rédemption pour une multitude.
Royaume de Dieu et monde ne coïncident pas forcément. Des périodes de chaos, de férocité peuvent donner lieu, à des passions, à une intensité de foi génératrices du salut. Le cheminement du Royaume de Dieu dans le monde est à des fins d’éternité : le moyen doit nous intéresser dans la mesure où la fin nous intéresse ; mais la perspective doit être respectée.
Si la confusion des deux plans monde et Royaume des Cieux a amené les hommes qui composent l’Eglise à des alliances impures avec le capitalisme, il ne faut pas sous prétexte de rompre avec celui là, risquer de la souder à d’autres systèmes qui, parce que temporels et du monde, l’alourdiraient demain de chaînes analogues à celles dont nous voudrions aujourd’hui la libérer.

C’est dans le labyrinthe de dérapages possibles que passe la « voie étroite » mais positive de l’Evangile que nous avons à transmettre. »


Extrait de « Église et Mission », texte de 1950-1951, La Sainteté des gens ordinaires, pp 190-191, Nouvelle Cité 2009.