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MADELEINE ET SAINT FRANCOIS D’ASSISE

Si Madeleine s’est laissée inspirer par beaucoup de saints et saintes de l’Histoire de l’Église – on peut citer notamment Ste Thérèse d’Avila, St Jean de la Croix, Catherine de Sienne, Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et bien sûr Charles de Foucauld – la figure de St François d’Assise est bien présente dans son œuvre et sa spiritualité. A l’image du pape François, elle aimait se référer à son radicalisme évangélique toujours greffé sur l’Église et le Christ.

Un grand artiste en œuvre et en âme

 

Ma chère bonne Louise
Je suis si contente de savoir que tu pars pour la belle Italie que je veux te dire mon « bon voyage ». Que tu ailles à Assise ou que tu n’y aille pas, je charge St. François de te conduire afin que ce voyage te soit bon. J’aimerais que le petit pauvre t’apprenne à converser avec notre sœur la terre, de ce qui n’est pas la terre et qu’il agrandisse pour toi le champ de la lumière et des radieuses jouissances. Tout artiste devrait être prêtre de louange et de joie, François a été grand artiste en œuvre et en âme.
Je t’embrasse très fort et t’aime vraiment
Madeleine

(Lettre du 20 mars 1930 à Louise Salonne, extrait de Éblouie par Dieu p. 169-170)

 

***


Vous avez inventé St François et vous en avez fait votre jongleur :

 

Car s’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas la danse il y a eu beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser
tant ils étaient joyeux de vivre :
Ste Thérèse avec ses castagnettes,
St Jean de la Croix avec un enfant Jésus dans les bras
et St François, devant le Pape.
Si nous étions contents de vous, Seigneur,
nous ne pourrions pas résister
à ce besoin de danser qui déferle sur le monde,
et nous arriverions à deviner
quelle danse il Vous plait de nous faire danser
en épousant les pas de votre Providence.

Car je pense que vous en avez peut-être assez
des gens qui toujours parlent de vous servir avec un ton de capitaines,
de vous connaître avec des airs de professeurs,
de vous atteindre avec des règles de sport
de vous aimer comme on s’aime dans un vieux ménage.

Un jour où vous aviez envie un peu d’autre chose
vous avez inventé St. François et vous en avez fait votre jongleur
à nous de nous laisser inventer
pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.


(Extrait du « Bal de l’obéissance, Humour dans l’amour, pp 29-30)

 

***

Hors de la croix, il n’y a pas d’amour.

 

En amour, il y a toute une gamme d’intensité et cette intensité se mesure à notre joie.
Mais, cet amour n’appartient qu’à des êtres libres, à des êtres qui se sont libérés d’eux
mêmes, qui une bonne fois sont sortis d’eux-mêmes.
On n’aime pas tant qu’on reste caserné en soi.
Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus s’appelle aussi de la Ste Face et ce n’est pas un hasard chez cette missionnaire.
C’est que, en effet, la Ste Face de Jésus-Christ est la souveraine maîtresse de sortie de soi.
Au missionnaire, à cet homme replié sur son propre fond, Dieu demande cette essentielle conversion de se quitter, de se détourner de son propre fond.
L’amour est à ce prix
St François d’Assise a commencé d’aimer pour de bon le jour où pendu au cou pourri d’un lépreux il a embrassé avec ses lèvres de chair, ce dont au monde il avait le plus horreur.
Hors de la croix il n’y a pas d’amour possible et c’est parce que Dieu veut que nous l’aimions qu’il nous donne le droit de souffrir.

Que les missionnaires aient été appelés à l’une ou l’autre de ces deux routes ils sont tous appelés à la croix que Dieu la leur donne ou qu’ils la prennent.
Il n’y a pas de petites ou de grandes croix : il y a la croix tout court dont nous avons à recevoir ce matin, ce soir, demain, après-demain, un morceau, petit ou gros.


(Extrait de « Missionnaires sans bateaux », La sainteté des gens ordinaires, pp . 96-97)

 

***
 

Racines évangéliques



Si à certains tous les passages de cet évangile ne sont pas également chers, j’en proposerai plus loin une hypothèse d’explication.
Si pour d’autres ce même évangile a pu être une sorte de pierre d’achoppement, il ne faudrait peut-être pas considérer la chose comme une malchance fortuite.
2.000 ans d’Eglise nous ont appris que seule cette Eglise est apte au sens fort du mot à vivre l’Evangile.
Tout renouveau de sève évangélique porte en lui une tentation d’évasion.
Il ne laisse jamais l’Eglise identique à ce qu’elle était avant lui : il la déchire ou il la vivifie … et il la vivifie dans la mesure où il se fait vivifier par elle.
C’est que le chrétien qui a été appelé à une vie d’évangile réaliste ne peut pas la vivre dans une vie d’Eglise abstraite.
Si l’Eglise est pour lui une abstraction, une discipline, un rassemblement, ou bien il renoncera à l’Evangile ou bien il renoncera à l’Eglise.
Pour la Mission, toute une part de l’« idée » d’Eglise est devenue un réel incomparablement plus vif. Mais là comme sur d’autres plans, c’est l’aspect le plus méconnu de l’Eglise qui a été mis au soleil : le côté actif de chaque cellule dans le corps-Eglise, tandis que tout ce qui était tenu pour connu, la vie organique de ce corps, son réalisme d’échanges, de dévouements internes et de soumissions, restait dans une gangue de concepts et de définitions.
Si saint François a pu vivre son paroxysme évangélique sans se casser le cou, la raison en est dans ce qu’il écrit dans son Testament. Personne n’expliquera mieux que lui comment le Christ est le Christ dans chaque fonction qu’il donne et que des doigts même prodigieux ne remplaceront jamais un cœur malade.
Là encore, c’est un complément que la Mission appelle plus qu’une rectification.
Au point où elle est, elle risque d’essayer de vivre une Eglise « atomisée », non cette Eglise qui ne nous a pas demandé notre avis pour être ce qu’elle est et qu’il ne s’agit pas de « faire autrement » mais de « vivre autrement » comme on vit sa vie.


(Extrait de « Les racines de la mission », La question des prêtres ouvriers, pp. 64-65)

 

***
 

Les pleurs de St François

 

Il faut aimer le Christ–Eglise en pratiquant Sa Mission

St François d’Assise, je crois, pleurait en disant : « L’Amour n’est pas aimé ». Du Christ, on ne peut pas toujours dire absolument cela. Parmi les incroyants, bien des gens aiment humainement la physionomie du Christ. Mais du Christ vivant actuellement parmi nous on peut pleinement le dire. De cet amour du Christ qui est dans l’Eglise et qui est méconnu ou haï, il faudrait avoir la compassion.

La bonté du Christ que l’Eglise a pour mission de manifester, qui veut la connaître… et dans bien des cas qui peut la connaître ?

L’Eglise, il faut s’acharner à la rendre aimable.


(Extrait de « L’amour de l’Église », la question des prêtres ouvriers p. 38)