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SORTIE EN OCTOBRE DU TOME XIV DES ŒUVRES COMPLETES:« J’AURAIS VOULU...»

Le tome XIV s’ouvre sur le merveilleux texte « J’aurais voulu » qui donne le ton à l’ouvrage publié chez Nouvelle Cité. En octobre 1956 Madeleine exprime à Mgr Veuillot ce qu’elle aurait voulu vivre avec ses compagnes : une appartenance entière, exclusive, définitive à Jésus-Christ dans la continuité du 1er appel du début des années 30. Dans la suite de l’ouvrage, des textes où elle exprime de multiples façons ce désir d’appartenance et les moyens de s’en approcher. Les pourparlers en cours avec l’Institut séculier « Caritas Christi » la conduisent à approfondir le sens d’une vie chrétienne vraiment apostolique.

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« J’aurai voulu »


Note personnelle à Mgr Veuillot

J’aurais voulu, uniquement, appartenir, entièrement et seulement à Jésus-Christ notre Seigneur et notre Dieu ;
essayer de vivre son Evangile ;
être disponible sans restriction à sa volonté ;
au plus intime de l’Eglise et pour le salut du monde.

J’aurais voulu que ce tout suffise à expliquer :
 

non seulement : qu’il nous faut prier un temps fixé, pur de toute autre chose, mais encore drainer, sous tous nos actes, la lumière et la force acquises dans la prière ;

mais encore que la hiérarchie de valeurs, autre que celle des laïcs ou des religieux "actifs", que cette hiérarchie de valeurs doit être acceptée par nous comme une inconnue, notifiée chaque année, chaque jour, chaque heure, d’un côté par les commandements immuables de Dieu, du Christ, de l’Eglise, et, de l’autre côté par des circonstances.

J’aurais voulu que, Chrétiennes Catholiques, vivant au clair leur but et ce qui les y conduit, elles soient des religieuses sans titres de noblesse, des amantes du Seigneur, même sans livret de famille, mais pas des laïques mariées à la Cité, à quelque titre que ce soit.
La Cité, elles vivent en elle, Filles de Dieu et Filles de la Cité, mais elles doivent toujours aller "hors les murs" :

   soit pour y rencontrer Dieu de la part de cette Cité ;
   soit pour être chassées ; soit pour y mourir de bien des sortes de morts.

J’aurais voulu que ces murs, sans cesse traversés, elles les retraversent dans un aller-retour continuel, entre les hommes et entre Dieu.
Que pour rester dans la Cité et en passer les murs, elles puissent vivre tout de la vie des hommes, excepté ce que l’Evangile, même seulement en ses conseils, défend.

J’aurais voulu que ces liens au Christ et à son Eglise soient pour les hommes clairs comme de l’eau, avec des "nous ne pouvons pas" explicités dans la vérité, et des "nous pouvons", expliqués autant par le cœur de l’homme que par le cœur du Christ.

L’obéissance à "Une telle" que l’on connaît et la grande obéissance aux Evêques et au Saint Père serait tellement intelligible à tous…

J’aurais voulu, comme pauvreté de base, une pauvreté sans marque de fabrique : ni prolétarienne, ni rurale, ni étudiante... mais, d’abord la pauvreté que montre le Seigneur : le manque de puissance, le manque de brio ; la pauvreté d’un petit monde, l’humilité du pauvre. Etre des "petits", dans n’importe quel métier, sans demander avis au devoir d’état des convenances sociales. Etre pauvre, comme s’habillent certains pauvres, avec les robes usées ou démodées, qui restent quand même de "belles robes". Etre surtout seulement des candidats à la pauvreté : car c’est Dieu qui la donne.

J’aurais voulu un célibat ardent et prudent, croyant aux brèches que les vraies solitudes font dans le monde, pour que Dieu vienne.

J’aurais voulu un amour non morcelé que le Premier Commandement entraîne jusqu’au verre d’eau, en étant passé par les exigences de la miséricorde et le grand appel apostolique, impossible à mettre en morceaux, s’il est l’amour du Christ.
L’amour apostolique, je le voyais comme un second départ, le premier étant notre départ pour rejoindre Dieu. Après, n’importe où et n’importe quoi nous aurait laissées là où Dieu nous faisait siennes.
Même si la charité apostolique exigeait une vie isolée, je crois qu’elle se rapprocherait davantage de notre vie commune que de la vie isolée des groupes que je connais.

J’arrive mal à voir ce qui nous fait laïques ; mais si le cœur y est et le fond de nos actes, religieuses... nous n’en avons pas la pelure humaine.


31 Octobre 1956
Madeleine Delbrêl