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Textes du tome X des Oeuvres Complètes: Les réalités surnaturelles doivent être enseignées aux chrétiens

Chapitre 4 du tome X des Œuvres complètes

Un enseignement de la foi est nécessaire, pense Madeleine, car du fait de la déchristianisation et de l’athéisation de la société, les milieux chrétiens ont « une connaissance confuse et inégale des réalités surnaturelles ». Le chapitre 4 de l’ouvrage La question des prêtres ouvriers propose 4 textes écrits au début des années 60 et qui font écho à sa réflexion sur de nouvelles démarches d’évangélisation. En voici deux exemples. Le premier texte a été écrit après une réunion « catéchèse et mission » tenue en avril 1960 ; Madeleine y avait participé avec 3 équipières dont Francette Rodary et 3 prêtres : les abbés J. Didier (de Rehon près de Longwy), Y. Daniel (d’Ivry) et J. de Miribel (de St Hippolyte à Paris). Le 2e exemple est une sorte d’argumentaire catéchétique. Ces deux textes de 1960-61 sont inédits

Un enseignement de la Foi dans des conditions commodes pour nous

 

Il s’agit de nous donner un réalisme surnaturel vis-à-vis des réalités surnaturelles.
Ce sont toujours les mêmes qui paraissent oubliées :
  - soit par les chrétiens qui ignorent la nécessité de l’action apostolique ;
  - soit par ceux qui, dans l’action apostolique, éprouvent une fragilité anormale de leur vie chrétienne.
Parmi ces réalités on peut énumérer :
  - La foi - et tout ce qui vient par la Foi - est un don de Dieu
  - La Foi en Dieu, le Père tout-puissant - créateur du Ciel et de la terre ?
  - La loi suprême de la charité
              les deux commandements
          le commandement de l’amour
              pour l’Eglise
  - le programme de Jésus Christ
          aimer le monde
          en l’évangélisant.
Pour que ces réalités soient réalisées par nous, il faut à nouveau nous les annoncer, nous les enseigner
  là où nous sommes
  dans ce que nous avons à faire
  comme l’essentiel de ce que nous avons à annoncer nous même; le plus possible, dans les termes où nous devons l’annoncer.
Le moyen approprié est d’enseigner ces réalités au départ :
  soit à l’occasion des difficultés de notre vie chrétienne devenant action apostolique;
  soit à l’occasion des termes dans lesquels nous devons
    - témoigner pour Jésus Christ
    - annoncer l’Evangile
 à des gens qui ont leur croyance, leur indifférence, leur athéisme.
Ces réalités doivent être des fils d’acier tricotés avec les conditions mêmes de notre vie et de notre tâche.
Le fil central est que notre vie ne peut être apostolique que si elle demeure pleinement chrétienne; qu’elle ne peut être chrétienne, en milieu incroyant, sans être vigoureusement apostolique.
Cela entraîne que la vocation chrétienne de chacun de nous doit se déchiffrer par nous dans les besoins apostoliques de notre prochain et de notre temps, de notre milieu et du monde.
Cet enseignement devrait être donné avec toute la mobilité et toute la variété qu’il exigerait au fur et à mesure; par des articulation souples entre l’Eglise enseignante et des « observateurs » laïcs qui apporteraient à l’enseignement les informations sur les conditions que trouve la foi, aujourd’hui, là où nous sommes.
Ces réalités forment un tout, à la façon d’une boule : quel que soit le point que l’on saisit, tout suit. C’est de l’indémaillable. (…)
 

* * *

A la jointure de l’Église enseignante
et de l’Église enseignée


Il faudrait que cet enseignement nous fasse vivre réellement à la jointure de l’Eglise enseignante et de l’Eglise enseignée.
« Comment croiront-ils si on ne les évangélise pas ? » oui… mais…
Mais, évangélisons-nous si on ne nous enseigne pas ?
Et garderons-nous la foi si on ne nous enseigne pas quand nous évangélisons ?
Faut-il alors renoncer à évangéliser ?

Il s’agit d’une obligation absolument prioritaire;
             d’une certitude de la volonté de Dieu sur nous.
A l’intérieur même de nos conditions de vie nous sommes côte à côte avec un prochain qui n’a pas été évangélisé ou ne se souvient plus de l’avoir été.
Le Seigneur ne nous charge pas de convertir mais il nous a ordonné d’évangéliser.
C’est une des obligations de l’amour fraternel, donc de l’amour de Dieu; et dans toutes les obligations de la charité c’est la plus grave.
Nous avons besoin d’être aidés :
- à voir ce qui nous empêche de connaître cette obligation et d’y répondre ;
- à trier les vraies et les fausses obligations ;
à rétablir leur ordre de valeur
- à croire davantage et mieux
     Nous voyons peu le manque ou l’absence de foi parce que nous avons nous-même peu de foi.
     Nous croyons peu ce qui est à croire et donnons à des convictions sociales ou personnelles l’importance due seulement aux certitudes de la foi.

- à réaliser ce que les autres ignorent et qui est souvent ce qui dans notre foi nous avons le plus perdu de vue – (les causes de l’incroyance sont souvent les mêmes que celle de notre usure).
Cette aide de l’Eglise enseignante paraît nécessaire pour que nous puissions voir ce que Dieu veut que nous fassions et pour que nous voulions le faire.
Mais
Ceux d’entre nous qui ont été enseignés ne l’ont pas été au niveau de ce qu’ils font.
Il a fallu résoudre bien des faux problèmes pour passer du « être chrétien » au « vivre chrétien ».
Il arrive que nous recevions une formation à « agir » ; à poser des actes foncièrement chrétiens.
Ce sur quoi nous ne sommes pas enseignés c’est sur : faire.
A tel point que faire la volonté de Dieu est devenu pour nous… la subir ; que notre grand maximum, c’est quelquefois de l’accepter.
Pourtant faire la volonté de Dieu ce devrait être : faire des faits ; faire en faits la volonté de Dieu.
Et n’est-ce pas là l’efficacité chrétienne ?
On ne nous apprend pas ce que ces faits doivent tous avoir en commun pour être réellement des faits « surnaturels ».
Les uns nous disent que ces faits doivent s’aligner à des règles immuables : celles de la vie éternelle… Mais ils ne nous disent pas que la foi est incapable de nous faire faire autre chose que des actes humains corrects temporellement et localement : ce sont ces actes-là qu’elle acclimate à l’éternité, qu’elle apprivoise à Dieu.
Les autres nous disent tellement que le temps, que le monde conditionnent la Foi… que nous perdons de vue – et c’est facile – ce qui justement est invisible, insensible, mais immuable dans la foi.
Nous perdons notre temps à discuter l’indiscutable : que ce soit des conséquences réelles de réalités surnaturelles auxquelles nous ne pouvons rien changer, que ce soit l’obligation – surnaturelle elle aussi – de vivre la foi dans l’occasionnel, le momentané, le transitoire.
Il nous faudrait un enseignement qui rassemble où nous sommes, pour les gens que nous sommes, à l’heure qu’il est, ce avec quoi on fait la volonté de Dieu.
Non des principes mais des lois vitales dont nous puissions appliquer la connaissance aux circonstances comme l’électricien applique les lois de l’électricité en posant une prise de courant.
Cet enseignement devrait rassembler aussi bien l’étude de ces lois éternelles que les observations indispensables qui indiquent où les appliquer.
Dès que l’action apostolique s’impose à notre vie chrétienne, elle n’en jaillit pas normalement. Elle semble au contraire en détruire l’équilibre, en faire exploser l’ordre normal. Toujours l’unité soit en nous soit entre nous est menacée.
L’enseignement que nous avons reçu et, plus encore, des opinions et des habitudes courantes dans l’Eglise traduisent une hiérarchie de valeurs qui ne permet pas de faire œuvre apostolique (...)