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Madeleine missionnaire avec nous en Corée du Sud et au Japon

En mission dans la communauté des "Serviteurs de l’Evangile de la miséricorde", au service notamment des étudiants dans deux grandes métropoles d’Asie, Laurence et Paula se disent accompagnées et inspirées par Madeleine Delbrêl

 

Ma rencontre avec Madeleine date de mes premières années de vie missionnaire, vers 1995. Après ma formation en Espagne, j'étais rentrée en Belgique pour achever un mémoire en linguistique. Un jour, je découvris cette citation en commentaire à l'Évangile : "Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces, que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis, est pour nous le lieu de notre sainteté"1. Alors que je passais mes journées en bibliothèque, cette simple phrase avait tout à coup illuminé ma vie, lui faisant découvrir son sens pleinement missionnaire ! Cette bibliothèque, ce campus, cette ville où je vivais alors, étaient donc pour moi le lieu de ma sainteté! Quel cadeau! Ne connaissant pas l'auteur de cette "bonne nouvelle", j’allais à la bibliothèque voisine, celle de théologie, pour me renseigner. C’est ainsi que j'ai fait la connaissance de Madeleine et j'ai commencé à la lire. Une communion spirituelle de plus en plus profonde s'est tissée entre nous. Madeleine est devenue une sœur, une conseillère. Dès cette date, j'ai été émerveillée de trouver dans ses écrits des intuitions missionnaires communes, le comment vivre aujourd'hui l'Évangile en plein monde.

Après quelques années de mission partagée entre la Belgique, l'Espagne, l'Argentine et la France, le Seigneur me fit un nouvel appel et m'envoya au Pays du Matin Calme. Avant de quitter le diocèse de Cambrai, dans ma lettre à Mgr Garnier - lui aussi un très grand ami de Madeleine - je citai « Le Bal de l'obéissance », texte que j'avais tant prié en discernant cet appel de Dieu : "Seigneur, enseignez-nous la place que, dans ce roman éternel amorcé entre vous et nous, tient le bal singulier de notre obéissance. Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins, où ce que vous permettez jette des notes étranges dans la sérénité de ce que vous voulez."2 L'envoi en Asie était une "note si étrange"!

Les premiers mois en Corée, dans la "solitude" du lent apprentissage de la langue, je sentais plus que jamais Madeleine comme une "grande sœur" dans la foi au cœur d'un tel dépouillement. Je découvrais encore plus combien son message est universel et éternel ! Lire Madeleine dans le métro de Séoul en allant aux cours de coréen, était une expérience d'Eglise extraordinaire ! Depuis cette époque j'écris (toujours) à la 1ère page de mon agenda cette parole de Madeleine : « Et c'est pourtant, chaque matin, notre journée tout entière que nous recevons des mains de Dieu.[...] Si nous pouvions fouiller le monde et voir depuis le fond des siècles cette journée s'élaborer, se composer, nous comprendrions le poids d'une seule journée humaine. Et si nous avions un peu la foi, nous aurions envie de nous agenouiller devant notre journée chrétienne.»3 Tout est dit dans ces quelques lignes !

Dans cette communion grandissante avec Madeleine, je me décidai à contacter l'Association des Amis de Madeleine. Quelle émotion de recevoir une petite carte d'une écriture toute tremblante, signée Suzanne Perrin! Nous avons échangé quelques années, et en septembre 2008, nous avons pu nous rencontrer au 11, rue Raspail! Vous devinez ce qu'a signifié pour moi entrer dans la maison de Madeleine, y rencontrer deux de ses équipières!

Tout au long de ces années en Corée (2006-2017), la présence fraternelle de Madeleine n'a pas manqué un seul jour! Elle m’a surtout aidée à découvrir quels chemins d’incarnation de son amour le Seigneur veut ouvrir à travers notre petite famille missionnaire ici. C’est un peu comme si, "prophète" comme elle était, Madeleine nous avait donné notre "feuille de route " pour ce pays d'Asie !

Dieu ne nous a pas retirées du monde! Nous sommes là, dans les rues de Daejeon, parmi les étudiants, les jeunes, et les familles, éveillant en chacun leur cœur missionnaire, et croyant de toutes nos forces que cette terre où Il nous a envoyées "est pour nous le lieu de notre sainteté". "Nous ne cherchons pas l'apostolat ; c'est lui qui nous cherche ; Dieu en nous aimant le premier, nous rend frères et nous rend apôtres. Comment partagerions-nous pain, toit, cœur avec ce prochain qui est notre propre chair et ne serions-nous pas débordants pour lui de l'amour de notre Dieu, si ce prochain ne le connaît pas »4

Merci, amis de Madeleine, éditeurs de ses œuvres de permettre qu'aujourd'hui encore elle puisse parler au monde et à l'Église universelle!
Laurence Vasseur, Daejeon, Corée du Sud

1 La Sainteté des gens ordinaires, tome VII des Oeuvres complètes, 2009, p24
2 Humour dans l'amour, tome III des O.C. p31
3 Humour dans l’amour, pp. 97-98

4 La joie de croire, éd Seuil 1966, p. 157, A paraître dans le tome XV des O.C.
 

Transmettre l’amour de Dieu aux jeunes japonais

 

 

Je suis une missionnaire portugaise et je travaille au Japon depuis 25 ans. J’habite à Tokyo, une immense ville de plus de treize millions d’habitants. Je suis engagée dans le travail missionnaire avec les étudiants dont la plupart ne sont pas croyants. Travaillant comme professeur dans une grande université de Tokyo et étant en même temps chargée de plusieurs activités pastorales pour jeunes catholiques, je me sens souvent comme une petite fourmi au milieu de tant de monde. Ma contribution est une petite goutte d’eau dans un vaste océan ! Dans ce contexte, ma rencontre avec Madeleine Delbrêl, à travers ses écrits, a signifié un souffle de l’Esprit !

Elle m’a beaucoup aidée à redécouvrir un sens profond à ma vie missionnaire de tous les jours quand j'essaie de transmettre l’amour de Dieu aux jeunes Japonais, qu’ils soient croyants ou non-croyants. Madeleine m’a fait redécouvrir l’immensité de Dieu qui habite tout lieu et dont la présence est plus grande que la multitude des personnes de cette énorme métropole. Ses paroles m’ont fait vibrer au milieu de la foule, en réalisant que, par moi, Dieu était présent dans cette ville, dans les métros encombrés, dans les bars pleins d’étudiants qui boivent et bavardent, presque malgré eux, comme elle l’exprime dans son texte « Liturgie des sans offices », un de mes favoris. Elle m’a fait revaloriser le don de notre vie consacrée comme missionnaires. « Partout nous sommes Dieu avec nous, partout nous sommes des Emmanuel »5 .

La première grâce reçue de Madeleine, c'est croire que vivre une union intime et affectueuse avec Jésus au milieu de la foule et de l’activité frénétique de la vie quotidienne n’est pas impossible. Madeleine nous apporte cette nouveauté : profiter de toute pause pour un dialogue renouvelant et plein de complicité avec le Seigneur. Toute pause devient alors une opportunité précieuse pour jouir de l’amitié avec Jésus et faire nôtres ses sentiments. Notre élan missionnaire est renforcé, parce que partager avec Jésus dans le quotidien fait naître en nous une joie et une lumière qui nous poussent vers les autres. Voilà la deuxième grâce que j’ai reçue ! Madeleine m’a aidée à redécouvrir que « ma vie est une mission », comme dirait le Pape François. « Jésus partout n’a pas cessé d’être envoyé » 6 . Là où je suis, Jésus est en moi et veut rejoindre chaque personne à travers mes gestes, mes paroles, mes sourires. Tous les mouvements de mon cœur deviennent féconds, donneurs de vie. Je remercie profondément Madeleine, sa foi vivante, pratique et profonde, et je désire continuer à boire à la source abondante de ses écrits.
Paula Gomes, Tokyo

 

5 Humour dans l’amour, p. 65
6 Humour dans l’amour, p. 60