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MARRAINE DELBREL, MARRAINE UNIVERSELLE DES PETITS CRANES

Deuxième partie du témoignage de Françoise Mathieu
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Moi qui suis sa filleule, je veux partager Marraine Delbrêl avec vous tous qui lui demandez de l’aide aujourd’hui....

Photo d’époque de la famille Guichard

 

« Ma petite Françoise chérie, je voudrais ajouter des tas de mots à ce début de lettre pour que tu sois sûre - malgré de bien mauvaises apparences - de toute l’affection que j’ai pour toi dans le cœur ! Mais vois-tu, quoique ta marraine soit terriblement fantaisiste, 1954 lui a donné de si rudes coups de bâton, que si elle a tenu debout, c’est que c’était la mode ! » (Lettre de Madeleine à Françoise Mathieu, 10 janvier 1955)

« Nicole très chère… je peux te dire que je n’aurai pas à modifier beaucoup mon cœur pour qu’il devienne vis-à-vis de toi, un peu celui d’une « sous- marraine ». En tous cas, je peux te dire aussi que je n’ai guère prié pour Françoise sans prier pour toi, tant vous faites un, dans mon affection….
Au ciel, l’affection et la prière se déploient comme Dieu veut, et j’ai l’audace de croire que, si Dieu veut, Madeleine deviendra de plus en plus la « co-marraine » de tous ceux qui lui demandent. »
(Lettre de Madeleine à Nicole, sœur de Françoise, 7 août 1953).

C’est ma prière pour vous, chers lecteurs de la Lettre aux Amis. Moi qui suis sa filleule, je veux partager Marraine Delbrêl avec vous tous qui lui demandez de l’aide aujourd’hui. Je voudrais demander à l’Eglise de reconnaître le charisme de marraine universelle de Madeleine. Madeleine, la « co-marraine » de chacun de ses lecteurs.

Le pape François, dans Evangelii gaudium, dit au sujet de l’accompagnement spirituel, le besoin de l’Eglise d’un regard de proximité pour contempler, s’émouvoir et s’arrêter devant l’autre, pour communiquer le parfum de la présence proche de Jésus, et raviver le feu de l’Evangile, avec la joie de croire. Voilà ce que fut, et devient de plus en plus, « Marraine Delbrê l» pour moi. Voilà ce qu’elle est pour vous.

Maman m’a souvent dit que j’avais une marraine sainte. Le plus grand jour de ma vie, en septembre 1943 à Pantin, (j’avais deux mois), Madeleine m’a portée sur les fonds baptismaux. J’ai eu la grâce de la rencontrer enfant, et d’être « accompagnée » par elle avant mon mariage.

Au moment d’entrer aux Beaux-Arts en architecture, je suis allée la voir à Ivry assez régulièrement. Avec le recul, j’ai conscience d’avoir bénéficié d’un « accompagnement spirituel » à la façon dont le Pape François en parle : exigeant et libérant !!! Elle me consacrait une heure chaque fois. Ces rencontres m’ont aidée à mieux me connaître, à voir clair, à être plus libre. Peu de mots, peu de conseils, beaucoup d’images, beaucoup d’amour, une vraie largeur d’esprit. Impossible de jouer la comédie : une transparence désarmante, qui fait désirer la vérité au-delà de la peur d’être jugée. Une flamme ardente contagieuse. Et la bonté de Dieu, sur son visage, dans ses yeux, ses mains, en tout d’elle. Malgré ses qualités extraordinaires, ce qui me frappait, c’était sa pauvreté, sa fragilité. En fait, j’étais face au Christ. C’est Lui qui attirait en elle, comme un aimant.

Mes proches témoigneraient avec tellement de joie et de force, de ce rayonnement qui a embelli toute la famille. Maman, qui a vécu une maladie paralysante dont elle est morte en 1987, rayonnait de joie paisible en citant par cœur La Joie de Croire et Nous autres gens des rues. A la mort de ma sœur Nicole, j’ai découvert les livres de Madeleine qu’elle avait annotés au crayon dans la marge, presque à chaque page, avec des paroles d’Evangile, des renvois à d’autres passages, des mots soulignés, une ‘lectio divina’ précieuse et émouvante. Preuve que Nicole, (qui a beaucoup souffert jusqu’à sa mort à 60 ans, comme Madeleine !) continuait à être accompagnée par elle à travers l’écrit et par la prière.

Je comprends de plus en plus que je dois à Madeleine l’appel à la mission, reçu au catéchisme quand j’avais 7 ans, enfoui longtemps, puis entendu à neuf, quand, avec mon mari, nous nous sommes engagés dans la communauté de l’Emmanuel. Madeleine m’avait fait comprendre qu’on peut être missionnaire sans bateau. Nous nous sommes mariés en 1965 et avons rencontré l’Emmanuel en 1978. François est diacre à Paris depuis 1987. Nous avons aujourd’hui 6 enfants, entre 50 et 27 ans, et 17 petits enfants, entre 27 ans et 11 mois. La communauté nous donne des moyens pour vivre l’Evangile dans une vie ordinaire, avec des frères et sœurs dans tous les états de vie. Madeleine y tient une place discrète et précieuse, puisqu’elle a vécu d’avance les grâces du Concile qui nous sont offertes aujourd’hui. Le privilège de connaitre marraine ne m’est pas réservé ! Il devient universel. Quelle joie de partager la grâce de Madeleine avec de plus en plus de personnes autour de moi. Partout, des pauvres missionnaires empêtrés, sont aidés et nourris à l’endroit précis où ils en ont besoin, pour raviver l’espérance et la joie de croire au présent.

Je lis les œuvres de Madeleine au fur et à mesure de leur parution et le goût de ses écrits se transmet en famille. Récemment, une de mes filles faisait un pèlerinage en solo sur sa tombe et me confiait combien Madeleine l’aidait, dans son rude métier de gériatre et dans son rôle tout neuf de grand-mère, pour lui apprendre à aimer avec le cœur de Dieu


Françoise Mathieu