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RENE MARTINEAU, L'ENFANT AU BOUQUET DE ROSES

Beaucoup ont en mémoire le célèbre épisode raconté aux visiteurs du 11 rue Raspail, par les équipières comme par les amis de Madeleine. Il eut lieu en 1934, peu de temps après son arrivée à Ivry. Il est aussi raconté dans les biographies.

   Madeleine, chargée d’un paquet de vêtements de secours, sonnait à la porte d’un appartement, au 5ème étage d’un immeuble de la cité Hartman, 173 route Stratégique. L’enfant ouvrit la porte, il avait douze ans. Sa mère reçut Madeleine et ouvrit le paquet. Immédiatement, elle dit qu’elle n’habillait pas sa famille avec des choses comme cela (Le vocabulaire employé fut plus vigoureux !) et elle mit à la porte Madeleine. Celle-ci revint moins d’une heure après avec un bouquet de roses. La maman, bouleversée, l’accueillit. Naissait une amitié entre cette famille et Madeleine, qui dure encore. Christine de Boismarmin précise avec humour que le papa donna à Madeleine ses « premières leçons de marxisme ».
   René Martineau, c’est son nom, est né le 28 octobre 1922. Il est mort le 18 juin dernier. Il était resté longtemps en contact avec Christine, Guitemie, Suzanne. Mais les années passent, les proches décèdent les uns après les autres. Il voulait que je vienne le voir. Je fis le voyage début septembre 2015 pour Montardon, près de Pau, où il s’était établi il y a déjà de nombreuses années avec sa femme et ses six enfants. Ce fut un moment inoubliable. Il avait des documents à me donner mais tout d’abord il parla de ce premier contact quand, en 1934, âgé de douze ans, il ouvrit la porte à cette jeune assistante sociale (29 ans) qu’était Madeleine. Il tenait à corriger la base de ce qui, en quelque sorte, est devenu le récit fondateur de l’engagement social de « La Charité » à Ivry : certes, servir les plus pauvres mais avec du tact et du respect, une écoute de leurs vrais besoins et une ouverture à l’amitié possible ; le paquet de vêtements remplacé par un bouquet de roses. La maman de René avait besoin de considérations. En fait, me dit-il, « les vêtements n’étaient pas si usés et sales que je l’ai laissé dire ; mais Maman aimait nous habiller bien et vivait mal cette période de misère ; elle était très vexée d’avoir à être aidée ». Et il me montre la photo de sa jolie maman, et de son père. Et il me précisa qu’elle n’avait jeté les vêtements ni par l’escalier, ni par la fenêtre. Mais qu’elle avait effectivement employé un vocabulaire assez fleuri pour refuser le paquet ! Et il insista pour dire que Madeleine et ses parents devinrent ensuite de grands amis, eux communistes et Madeleine « catho », pour des dialogues fraternels et sans concession.
 

  Il soulignait une autre dimension très importante de Madeleine : sa capacité d’accompagner les personnes et les familles dans la longue durée. C’est d’ailleurs ce que je vous raconterai dans un prochain article. Car René voulut aussi nous donner une image : celle de son baptême, le 10 février 1946, et le carnet que Madeleine avait offert à Marie-Thérèse et à lui pour leur deuxième anniversaire de mariage.
 

Gilles François