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RENE MARTINEAU, L'ENFANT AU BOUQUET DE ROSES, 2ème partie

Dans la précédente Lettre aux amis, je vous avais raconté le premier épisode de ma visite à René Martineau.

Il est mort le 18 juin dernier. J’étais allé le trouver chez lui, près de Pau, début septembre 2015. Nous avions passé 24 heures ensemble, riches d’amitié, de souvenirs et d’espérance. Nous étions allés, de chez lui, en pèlerinage à Lourdes.

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Il y tenait beaucoup. Il m’avait donné des indications très importantes sur la première rencontre de sa famille avec Madeleine – voir l’article précédent – ensuite il me remit deux objets personnels qu’il avait reçus de Madeleine. Voici maintenant la suite de notre rencontre.
René me remit tout d’abord l’image de la Vierge que Madeleine lui avait dédicacée le jour de son baptême, le 10 février 1946. Comment René en vint-il à demander le baptême ? Fils de militants communistes, juif par sa mère, il avait été placé dans son enfance chez des sœurs. Il en avait gardé un très bon souvenir. Quand, plus tard – il avait alors 12 ans - Madeleine vint jusqu’à l’appartement familial, dans les circonstances bien connues, porteuse de ce fameux paquet de vêtements, René était loin de la foi. Il avait retrouvé sa famille et il était plongé dans l’ambiance athée militante d’Ivry. Il raconte avoir un jour lancé son bâton dans un roue du vélo d’un curé qui passait et l’avoir fait tomber. Au moment de la guerre, il s’engagea dans la Marine. Il était marin sur le « Verdun » lors du sabordage de la flotte, à Toulon en 1942. Puis, il partit en Allemagne, comme beaucoup de jeunes travailleurs français réquisitionnés. Il revint en 1945 sur Ivry et se trouva sans foyer. Il alla chez Madeleine, qui l’hébergea puis l’envoya un temps se reposer à Mussidan, sa ville natale. Revenu à Ivry, il aimait, après le travail, venir discuter avec Madeleine sur le sens de la vie et plein d’autres choses. Un jour, Madeleine lui dit : « Voilà, tu arrives à un carrefour de ta vie, il va falloir que tu fasses des choix. » et René de répondre : « Le seul choix que je voudrais faire, c’est de devenir chrétien. » Madeleine le mit en contact avec les Pères de Tinchebray, les religieux qui avaient alors charge de la paroisse Saint-Croix-d’Ivry-Port. Il y fut baptisé à l’âge de 23 ans. Il choisit comme marraine Hélène Manuel, une des membres de « La Charité ». Madeleine lui offrit une image où elle écrivit de sa main : « Que la Sainte Vierge soit ta Mère et te rende, chaque jour, plus semblable à Jésus-Christ. 10 février 1946. » Et de signer : « Ta sœur Madeleine ». Voilà tout le tact de Madeleine : elle ne prend pas la place de la mère, elle oriente vers la Sainte Vierge, notre mère ; elle se situe dans la vie fraternelle issue du baptême.
Tout cela me fait penser à une question qui revient régulièrement : « Mais Madeleine Delbrêl a-t-elle fait des conversions ? » Dieu seul convertit les cœurs, mais cependant je réponds prudemment « oui » aux auditeurs. Car je sens, derrière de telles questions parfois, le soupçon que Madeleine aurait tellement respecté les gens qu’elle n’aurait pas annoncé clairement Jésus-Christ ; soupçon porté actuellement, hélas, sur toute une pastorale dite de «enfouissement». C’est bien sûr mal connaître Madeleine et surtout c’est méconnaître combien il faut de tact et de présence pour accompagner quelqu’un qui devient chrétien. Le plus grand des saints n’est qu’un relais sur le chemin d’un converti. René gardait un très bon souvenir des sœurs qui l’avaient recueilli dans son enfance. Mais c’est en réponse à Madeleine qu’il fit part de sa décision de devenir chrétien.
Puis, René me remit le carnet de mariage que Madeleine avait confectionné en 1950 pour lui et son épouse Marie-Thérèse, à l’occasion de leur deuxième anniversaire de mariage. Le cadeau est magnifique : un petit carnet entièrement écrit et dessiné de la main de Madeleine. Le texte se trouve pp. 145-152 de Humour dans l’amour (Actuellement épuisé… réédité incessamment par Nouvelle Cité !). René nous en avait depuis longtemps confié une copie et l’autorisation de publier. Voici que nous avons le carnet lui-même, entièrement fabriqué par Madeleine, écriture et dessins. Merci René pour ta confiance. Quand tu me l’as remis, je sentais combien tu voulais exprimer ainsi ta gratitude vis-à-vis de Madeleine et aussi ses équipières : Loulou, Christine, Guitemie et les autres, avec lesquelles toi et ta famille restèrent longtemps en contact, bien au-delà de la mort de Madeleine. Merci pour ton témoignage. Merci à toi, à Marie-Thérèse et à vos enfants. C’est tout votre chemin familial qui se trouve profondément associé à Madeleine et à sa postérité.


Père Gilles François

 

Extraits du Carnet de mariage offert par Madeleine à René Martineau

 

Prière pour l’hiver 

Mon Dieu,
mettez notre foyer en accord avec cette saison qui commence.
Recueillez-nous en vous
Approfondissez-nous,
Dépouillez-nous de l’inutile,
Enfoncez-en nous vos pensées
Pour qu’elles germent.
Apprenez-nous l’inutilité de ce qui refroidit nos enthousiasmes et durcit notre sensibilité. Ouvrez notre coeur à l’Espérance
Ainsi soit-il
 

Prière pour quand on s’est disputé

Notre Père qui êtes aux cieux
aucun de nous
n’a tout à fait raison.
Aucun de nous
n’a tout à fait tort.
Pardonnez-nous à tous les deux.
Consolez-nous tous les deux.
Soyez notre Paix à tous deux.
 

Deux Années

Quand les agneaux ont deux jours
ils sont petits, doux et blancs.
Quand les moutons ont deux ans
ils sont gris, raides et grands.
Quand les rosiers ont deux jours
ils sont des bâtons luisants.
Quand les rosiers ont deux ans
il leur pousse des piquants.
Quand les chandails ont deux jours
ils sont propres et brillants.
Quand les chandails ont deux ans
ils ont des trous menaçants.
Quand les stylos ont deux jours
ils sont fins en écrivant.
Quand les stylos ont deux ans
leurs becs vont en s’écartant.
Mais les moutons vont aux
champs
quand ils sont devenus grands
et conduisent les agneaux.
Mais les rosiers sont fleuris
quand les deux ans sont finis
même piquants, ils sont beaux.
Mais les chandails de deux ans
même allant s’amenuisant
Sont bourrés de souvenirs
Et les stylos alourdis
par deux ans de mots écrits
savent mieux nous obéir.


(Humour dans l’Amour, tome III
des O.C., p. 146-151)