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CINQUANTENAIRE DE LA MORT DE MADELEINE DELBREL

26 octobre 2014

Environ 350 personnes ont assisté, les 17 et 18 octobre,
au colloque théologique international qui lui était consacré

CINQUANTENAIRE DE LA MORT DE MADELEINE DELBREL

Table ronde avec les intervenants de la matinée du 17 octobre

Grand succès de participation pour le colloque théologique international sur Madeleine Delbrêl organisé par les « Amis de Madeleine Delbrêl » et « Nouvelle Cité » à l’Institut Catholique de Paris.

Ce colloque, placé sous le double patronage du Conseil pontifical pour la Culture et de la Fondation Jean Rodhain, était présidé par Mgr Claude Dagens, Évêque d’Angoulême et membre de l’Académie française.

Son objectif était de faire le point sur la connaissance que l’on a aujourd’hui de Madeleine Delbrêl, alors que 12 tomes de ses Œuvres complètes ont été publiés chez « Nouvelle Cité » (sur une vingtaine de tomes prévus au total). Il permettait aussi de mesurer l’étendue de son rayonnement international tandis que sa réputation de sainteté ne cesse de s’accroître.

Plus de 20 intervenants se sont succédés sur les deux jours : des recteurs de Facultés, des théologiens confirmés et des jeunes doctorants, des chercheurs d’autres disciplines (sociologie, histoire sociale, littérature), mais aussi des témoins anciens et nouveaux de son œuvre et de sa spiritualité ; des hommes et des femmes originaires de 7 pays différents : France, Allemagne, Canada, Chine, Espagne, Italie et Liban. Cette grande diversité de regards portés sur la figure de Madeleine Delbrêl a permis un débat animé et l’ouverture de nouvelles pistes de recherche pour l’avenir.
 

 Pour en savoir plus : anne.viry.lavaux[nospam]gmail.com; edynatali[nospam]alice.it

 

Résumés des communications

 

Vendredi 17 octobre, en matinée

 

- Pères Gilles FRANÇOIS, Président des Amis de Madeleine Delbrêl, Postulateur de la Cause en béatification, et Père Bernard PITAUD pss, tous deux responsables de la publication des Œuvres complètes « Bilan de 20 années de recherches : l’évolution d’une image »

 

- Don Luciano LUPPI, enseignant en théologie spirituelle à la Faculté catholique de l’Emilia Romagna, Bologne : « La théologie de l’alliance chez Madeleine Delbrêl : Alliance de similitude et alliance de rédemption »

Madeleine Delbrêl, en se livrant en 1960 à un commentaire du passage du prophète Isaïe (42,6-7) affirmait que ‘Dieu nous a faits alliance. Nous sommes un fait d’alliance divine’. Le terme ‘alliance’ utilisé auparavant en priorité pour qualifier une présence au milieu des non-croyants, était riche au plan du partage. Mais se trouvait restrictif sur le plan apostolique et celui de la Rédemption. Il retrouve ici son sens positif : celui d’une pleine signification biblique. Madeleine évoque la perspective de l’alliance comme la clef d’une lecture fondamentale et synthétique de toute vie chrétienne et donc de tout agir missionnaire.

Préoccupée de ‘devenir une seule chose avec Dieu et de se donner avec Lui à tous’, Madeleine se consacre à l’Evangile, animée du désir de le vivre intégralement, sans restrictions, et aussi sans spécialisations spirituelles ou apostoliques, prompte à répondre aux appels de Dieu qui vont résonner dans les circonstances mouvantes de la vie comme autant d’occasions de témoigner, d’être ‘un tremplin pour l’extase’.

Ainsi enracinée sur l’essentiel évangélique du double commandement de l’amour et possédée par ‘le sens de l’alliance’, la vie devient pour elle comme une danse ‘entre les bras de sa grâce’, comme un prolongement ‘vif et agile’ du Christ, qui fait du chrétien le ‘Jésus de maintenant, une parabole vivante de l’Evangile, une invitation adressée à tous à pénétrer dans la danse de l’alliance.

Mais cette danse, un chrétien ne peut la vivre qu’en étant enraciné dans l’Eglise et ensemble avec elle , comme un prolongement de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme à l’exclusion de toute éventuelle amputation.

Le chrétien ‘fait alliance’ est appelé à danser sur la crête constituée par les ‘deux abîmes’, d’un côté celui –insondable- des mystères de Dieu et de l’autre celui –mesurable- des ‘refus de Dieu par le monde’, participant à ‘l’état violent’ de l’Eglise entre le Règne de Dieu et le péché du monde.

Madeleine, évoquant le second abîme, redit et réactualise, mais à l’aide d’une clef plus christologique et missionnaire, le thème de saint Jean de la Croix avec sa montée vers le ‘Todo y Nada’, dans une lecture qui laisse entrevoir les traces de sa rencontre ‘éblouissante’ avec le Dieu de sa conversion.

Du réalisme de l’alliance surgit la volonté de s’installer dans le Christ comme dans un statut falilial avec tous. Il s’ensuit une vie vécue sous le signe d’une paradoxale ‘solitude’ dans ‘l’étroite et incessante clôture du prochain le plus proche’, allant à chaque instant du ‘poids de la grâce’ au réel abyssal du péché du monde, pour une charité qui aille ‘de l’huile du Bon Samaritain au vinaigre du Calvaire’.

 

- Père Rémy KUROWSKI, Pallotin, théologien, enseignant à l’ICP, détaché pour une mission en Chine : « La théologie des écrits missionnaires de Madeleine Delbrêl »
A travers certains aspects des écrits missionnaires de Madeleine Delbrêl nous allons voir comment celle-ci cherche à approfondir les tenants et les aboutissants de la mission chrétienne. Si les seconds, qui consistent à rendre gloire à Dieu par la participation à l’œuvre du salut en Christ, n’ont pas changé depuis l’âge apostolique, ils sont cependant à renouveler par la mise en perspective théologique compte tenu des conditions (les tenants) dans lesquelles l’annonce missionnaire se déroule. Dans la perspective du Concile Vatican II, MD va contribuer à renouveler la manière d’être missionnaire en précisant le « nécessaire » avec lequel les missionnaires « sans bateau » doivent partir et dans quel but, en se démarquant d’une certaine vision civilisatrice des missions coloniales. Car en effet dans le contexte de MD, il s’agissait d’aller tout près, sans bateau, juste à la périphérie de la grande ville qu’est Paris pour rencontrer des pauvres atteints d’un double mal, celui de la pauvreté matérielle et celui de la pauvreté spirituelle. Face à cette double carence d’une vie digne, ordinaire, le missionnaire sans bateau n’est ni premier ni seul, même s’il va éprouver un sentiment de solitude.
Certes, il y a déjà des structures paroissiales existantes, mais qui semblent débordées par les nouvelles réalités sociales et les défis qui en découlent. Ces nouveaux venus de campagnes formant le prolétariat, sont vulnérables à prêter facilement oreille à toute présence qui apporterait soutien et réconfort. MD sait que par delà l’urgence à apporter secours à tous ces pauvres que sont aussi bien les prolétaires et ou les marxistes eux-mêmes, c’est la foi en Dieu vivant et la gloire de celui-ci qui est en jeu. Le désir de rendre gloire à Dieu pousse le missionnaire à aller aux extrémités de lui-même ce qui peut l’amener en effet à expérimenter la solitude, mais une solitude comme grâce car vécue dans la foi personnelle profonde et celle de l’Eglise qui l’envoie pour réaliser ensemble, en apôtre le mandat du Christ lui-même.


 

Vendredi 17 octobre, l’après-midi

 

- Michèle RAULT, Conservateur du patrimoine, Responsable des Archives municipales d’Ivry : « Approche locale : M. Delbrêl parmi les chrétiennes engagées à Ivry »
Ivry-sur-Seine, commune de la banlieue rouge de Paris, a attiré les chrétiens qui, aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, se lançaient dans une tentative de rapprochement entre l’Église et la classe ouvrière. On sait que cette aspiration née du constat de la déchristianisation a donné naissance aux prêtres-ouvriers mais il reste peu connu et encore moins étudié que des femmes, chrétiennes et laïques, ont elles aussi, dans ces mêmes années, choisi de s’engager dans une vie missionnaire totalement novatrice. La force d’attraction d’Ivry, dirigée par une municipalité communiste à partir de 1935, s’est manifestée une première fois dans les années 30 en donnant un lieu d’apostolat à la cheftaine scoute Madeleine Delbrêl. Pendant la Seconde Guerre mondiale, d’autres communautés de femmes choisiront aussi de s’y installer. Refusant de s’intégrer dans les cadres ecclésiaux préexistants, ces femmes ont choisi de s’immerger dans le sous-prolétariat et le monde ouvrier, de travailler en usine et de parfois s’engager syndicalement. Chacune de ces communautés créées et portées par des personnalités charismatiques, a toujours été soucieuse de sa spécificité. Malgré ces nuances, ces communautés de femmes ont contribué à renouveler l’idée même de mission dans la seconde moitié du XXe siècle.

 

- Jean-Marie DONEGANI, sociologue, Professeur des Universités à Sciences-Po : « Les enjeux politiques et spirituels d’une présence chrétienne en milieu populaire : Madeleine Delbrêl et le refus du progressisme »
Madeleine Delbrêl a passé trente ans à Ivry, côtoyant les militants communistes et travaillant en lien avec la municipalité. Malgré l'aveu d'une tentation pour le communisme elle a toujours marqué ses distances avec le parti et son idéologie, refusant même de participer à la réception en l'honneur de Nikita Khrouchtchev organisée par la municipalité. Dans une période marquée dans le monde chrétien par la séduction du progressisme, cette attitude est singulière et mérite d'être interrogée à la lumière des écrits spirituels de Madeleine Delbrêl. Cette communication vise à saisir les enjeux pour elle d'une présence chrétienne en milieu populaire et à comprendre comment elle a pu, tout en s'engageant au quotidien sur le terrain de l'action charitable, se défier sans relâche de toute récupération politique mais aussi de tout engagement explicitement militant à un moment où celui-ci était fortement valorisé par les mouvements ouvriers chrétiens. C'est dans sa conception personnelle de l'apostolat que se trouve sans doute la réponse à cette question. Un apostolat de la présence tranquille et sûre d'elle-même qui très vite a moins visé à convertir qu'à accompagner. Par ailleurs, sa conception de l'appartenance à l'Eglise et de l'obéissance à ses dictées a constitué un élément très important de son évitement du progressisme à un moment où les sanctions romaines ont frappé les principales revues et les principaux acteurs du compagnonnage avec le Parti communiste.

 

- Emmanuelle et Emmanuel GODO, respectivement historienne de l’art et Professeur de littérature et auteur : « Madeleine Delbrêl, un écrivain paradoxal »
Celle qui demandait à la beauté de lui donner sa charité peut être tenue pour un écrivain paradoxal. Si, comme elle l’écrit, « il y a un art spirituel que notre âme accomplit en s’inclinant devant ce qui est beau » et si le silence est « l’art par excellence », quel statut accorder à l’écriture dans l’œuvre de Madeleine Delbrêl ? Est-elle un medium pour transmettre une expérience qui se joue avant ou en-dehors d’elle ? Est-elle le lieu même d’une expérience spirituelle ? Peut-on appliquer face aux textes de Madeleine Delbrêl le principe qu’elle formule à propos de l’Évangile : « Il n’est pas fait pour être lu, mais pour être reçu en nous » ? Face à une œuvre traversée par une telle exigence de vérité, le paradigme littéraire a-t-il encore une validité ? C’est ce que nous tenterons d’établir dans un exposé en deux parties. La première centrée sur le paradoxe d’une œuvre littéraire visant à transmettre autre chose qu’une émotion esthétique. La deuxième consacrée à une approche plus stylistique ayant pour but de mettre en lumière quelques grands principes d’écriture structurant l’œuvre de Madeleine Delbrêl

 

- Mgr Claude DAGENS, Évêque d’Angoulême, Membre de l’Académie Française : « Dieu dans le monde – la théologie de Madeleine Delbrêl »
Si l’on avait qualifié Madeleine Delbrêl de « théologienne », on peut penser qu’elle aurait protesté, elle qui n’avait pas fait d’études de théologie et qui avait connu quelques tensions avec des théologiens comme le Père Gaston Fessard.
Mais cinquante ans après sa mort, il est possible de reconnaître :
- que cette femme savait parler de Dieu d’une façon intense, en faisant comprendre qu’il n’est pas seulement à l’origine et au fondement du monde, mais qu’il est plus important et plus vivant que tout et que l’on doit le préférer à tout, en devenant dans le monde non seulement ses témoins, mais des hommes et des femmes reliés à lui au nom des autres
- que cette femme ne se contentait pas de parler de Dieu aux autres, et en particulier à ses amis athées, mais qu’elle ne cessait pas de parler des autres à Dieu, avec la conscience d’être comme « déléguée » par les autres dans cette relation vitale à Dieu.
Aujourd’hui, il est donc possible de lire et d’écouter Madeleine Delbrêl comme une voix prophétique qui nous appelle à être des « délégués » de Dieu dans un monde qui se passe de lui, mais qui ne professe plus un athéisme militant, et dont l’indifférence massive peut nous réveiller.

 

 

 

Samedi 18 octobre, en matinée

 

Père Raphaël Buyse, Vicaire épiscopal du diocèse de Lille, Fraternité diocésaine des Parvis : « A la périphérie de l’Église »
Lorsque la charte de la Fraternité diocésaine des parvis a été rédigée il y a presque 10 ans, à partir d’une relecture assez serrée de quelques années de pratiques missionnaires, et lorsqu’a été mise à jour la proximité de ce qu’essaie de vivre ce groupe avec les intuitions de Madeleine, il a fallu trouver un nom. Celui de « parvis » s’est imposé très vite, tant il est vrai
que les Équipes de la Fraternité diocésaine des parvis ont à cœur de « sortir », « d’aller vers », de nous « mettre en route », de « cheminer », de « vivre en coude à coude » avec ceux qui ne partagent pas la foi en Jésus-Christ. Il est amusant de penser que si le pape François était arrivé quelques années plus tôt, cette fraternité aurait bien pu s’appeler la Fraternité diocésaine « des périphéries » : cela nous aurait bien convenu. En janvier dernier, lors de l’assemblée annuelle de la Fraternité diocésaine des parvis, nous nous sommes livrés à un petit jeu : un « qui qu’a dit quoi ? »… Nous avons proposé à l’assemblée des participants des citations mélangées du pape François et de Madeleine, et il fallait que l’assemblée reconnaisse qui avait dit quoi : il n’a pas été facile de démêler les mots, tant il apparaît qu’il y a entre la perspective missionnaire de Madeleine et de François des convergences fortes… Au-delà des années et des contextes culturels, c’est le même Esprit qui les entraine et nous emmène au-delà de ce que nous pensions

 

- Mgr Georges Gilson, Archevêque émérite de Sens-Auxerre, Prélat émérite de la Mission de France : « Actualité des intuitions de Madeleine Delbrêl pour la pastorale »
C’est encore l’aujourd’hui de Dieu en son incarnation. Je ne sais comme le jeune contemporain de Madeleine, « la femme d’Ivry ». 30 mai 1949, j’ai vingt ans. Deux livres me bousculent l’âme : « Au cœur des masses » du Père Voillaume, et « La France, pays de mission ? ». Madeleine vit une présence jamais remise en cause à Ivry, dans la banlieue ‘’rouge’’ de Paris. « Nous, gens de la rue… ». Le 13 octobre 1964 à 17h20 elle part rejoindre le Christ, son Maître et compagnon. Toujours éblouie ! Le 16 septembre de cette même année, elle avait donné une ultime conférence à des étudiants de l’Ecole Normale Supérieure : « la leçon d’Ivry, milieu athée, terre de notre propre conversion ». Elle est en avance sur son temps. Car elle n’est pas en ‘’reportage’’ là-bas ; elle est chez elle dans l’ordinaire des jours. Elle écrit au quotidien ce que le Concile dira dans un grand document : Gaudium et Spes.
QUELQUES INTUITIONS POUR AUJOURD’HUI.
Une seule suffirait : L’athée qu’elle fut, a rencontré dans une réelle communauté ecclésiale, l’Evangile de la liberté, Christ. Qui est Madeleine ? Elle est femme. Elle est elle-même ! Elle est habitée par le charisme de la pensée spontanée et heureuse. Elle vit …et partage. Elle prie…et partage. Elle écrit…et partage. Elle apprend à être ‘’assistante sociale’’…et partage. Bref elle porte le poids du jour avec d’autres. C’est une femme laïque engagée dans la vie ordinaire, avec un métier ordinaire, une fatigue ordinaire…C’est une femme de foi chrétienne.
Première intuition : le témoignage d’une conversion adulte. Elle signe sa foi chrétienne. Librement. Sa démarche personnelle devient un éclair prophétique de ce temps nouveau : nous ne sommes plus en « terre de chrétienté ». Nous ne referons plus ‘’ chrétiens, nos frères…’’. La route appelle présence et dialogue. La première intuition est : l’Histoire de notre Humanité est devant nous. Dieu a pris demeure chez les humains. Les chrétiens ne peuvent faire bande à part. Ils sont missionnaires là où Dieu les a mis. Pie XII offre à Madeleine ce beau Nom d’Apostolat au cœur de son monde. Elle eut alors une profession : assistante sociale qui exige compétence.

 

- Sr Micheline Laguë, théologienne, enseignante émérite de l’Université, Ottawa : « Une femme pionnière et guide pour la mission »
Hier, le drame de l’humaniste athée, aujourd’hui «le gai désespoir» de l’humanisme athée qui donne lieu à une «spiritualité laïque(?)». Dieu n’existe pas, il n’y pas d’au-delà, seule «la vie dans le siècle» est l’horizon de l’existence humaine. Une profession de foi séculière qui pose un défi d’autant plus grand aux croyants et croyantes qui retrouvent chez des athées une manière de vivre des valeurs humaines proche de celle de l’Évangile.
Une spiritualité laïque au quotidien est proposée par Jacques Grand’Maison (2013) comme lieu de rencontre entre chrétien et humaniste athée. Le premier point de l’exposé montre en quoi cette proposition peut avoir une incidence nuisible sur la responsabilité missionnaire des chrétiennes et des chrétiens. Une situation qui rejoint ce que Madeleine décrit dans le mouvement de la Mission vers le communisme en ses deux tendances d’alliance et de salut.
Pionnière en la manière d’exposer ses vues au sujet de l’engagement de chrétiens dans le milieu athée Madeleine est également un guide pour la Mission. «Un Jérémie de notre temps», elle ne cesse d’inviter à «vivre à la manière de dire et de faire de Jésus». C’est là un véritable leitmotiv qui inspire sa façon d’être et d’agir. Il n’y pas d’autre école pour apprendre à aimer Dieu et le prochain, pour apprendre à «annoncer l’Évangile dans le langage de Jésus Christ». Le deuxième point de cette présentation illustre divers aspects de cet enseignement. Une brève conclusion: l’informateur de la bonne nouvelle crie par toute sa vie son bonheur de croire au Dieu de Jésus Christ et cela le rend apte à recevoir les questions de ce temps. Leçon missionnaire donnée par un «maître de son temps», «un maître pour notre temps», il va sans dire.

 

- Dr Dorothee STEIOF, théologienne à l’association Caritas, diocèse de Rottenburg-Stuttgart : « Rendre gloire à Dieu, - Rencontre de M. Delbrêl avec l’Ancien Testament »
J'ai examiné les textes de Madeleine Delbrêl et quelques textes de l'ancien testament sous la perspective de la pratique spirituelle de la louange et de la glorification de Dieu.
Le thème justifiant la gloire se retrouve par ex. dans le contexte de l' encouragement de Madeleine Delbrêl à oser franchir de nouvelles limites dans la pastorale de l’Eglise pour permettre une forme plus radicale du rapprochement entre les êtres humains et de l’égalité entre les hommes.
En plus Madeleine Delbrêl invite à l’aide du thème de la gloire de Dieu à laisser derrière soi ses propres préoccupations pour le succès de sa vie, par exemple pour exempter ses péchés (perspective anthropocentrique) , et en retour à tourner son regard vers la glorification de Dieu (regard à l'homme d'une perspective théocentrique conséquente).
La gloire veut aussi dire la fin en soi dans la relation à Dieu – agir pour l’amour de Dieu, simplement parce qu’il est Dieu, aimer Dieu pour lui-même, pas par intérêt ni pour des raisons de réussite. Louer pour louer – aimer pour aimer – comme Madeleine le montre de façon si saisissante d’après le témoignage de vie de Charles de Foucauld qu’elle caractérise elle-même d’« homme d’adoration ».

 

- Dr Katja BOEHME, Professeur de théologie catholique, Université d’éducation Heideberg : « L’Église ne peut devenir sel de la terre que par les laïcs (LG 33) La spiritualité du baptême selon M. Delbrêl »

 

- Mgr Otto GEORGENS, Évêque auxiliaire de Spire : « Quelques réflexions sur la méditation poétique « La vie qui aime »
Entre 1945 et 1950, Madeleine Delbrêl (1904-1964), a écrit des textes qui, aujourd’hui encore, jouissent d’une grande popularité. Ils sont regroupés sous le titre « méditations poétiques ». Il s’agit de contemplations spirituelles écrites en langue poétique, inspirées de la vie et, en partie, faisant allusion à des passages de l’Écriture sainte. La vie et l’Évangile y sont liés d’une manière qui est caractéristique de la spiritualité de Madeleine Delbrêl. Les titres de ses textes témoignent d’une certaine originalité comme par exemple Spiritualité du vélo, Bal de l’obéissance, Liturgie des sans office, et Passion des patiences. Ces textes et d’autres « méditations poétiques » sont compilés dans le 3e tome des Œuvres complètes « Humour dans l’amour ». Dans cette collection se trouve aussi la méditation « La vie qui aime » , inédite jusqu’en 2005. J’aimerais bien donner à cette méditation le titre « la vie qui apprend l’amour » ou bien (avec mes propres mots) « vivre dans l’élément de l’amour ».
Dans cette méditation Madeleine Delbrêl dit que les chrétiens sont souvent tentés de s’adapter au monde. Elle pense qu’une adaptation superficielle n’a pas l’effet voulu. Les chrétiens qui changent leur langue et leur comportement pour « avoir du succès » auprès des autres afin de les convaincre se donnent de la peine pour rien. Nous devrions être plus sages : « Nous portons en nous le germe de toutes les transformations nécessaires. » Il suffit de rester dans le « jaillissement de Dieu ». Il nous donne l’amour qui nous fait rencontrer les autres. Cet amour nous aide à trouver les mots justes qui, non seulement sont audibles, mais qui touchent aussi le cœur de notre vis-à-vis. Cet amour vient du fond du cœur et il touche le cœur. On ne peut pas être un chrétien missionnaire et apostolique sans entretenir une relations permanente et vitale avec le Dieu vivant. L’amour est notre seule mission. « La charité est notre vie devenant vie éternelle. »

 

 

 

Samedi 18 octobre, l’après-midi

 

- Sr Mariola LOPEZ-VILLANUEVA, religieuse du Sacré-Cœur, enseignante à la Faculté de théologie de Grenade : « Transfiguration du quotidien : la mystagogie évangélique de M. Delbrêl »
Pour approfondir les paramètres de l’expérience mystico- prophétique de Madeleine Delbrêl, nous avons mis en relation son œuvre avec la « mystique au quotidien » de Karl Rahner. Celui-ci formule trois remarques concernant ce qui devrait caractériser une spiritualité chrétienne de nos jours. La première fut la plus connue et interprétée : « Le chrétien de demain, ou bien sera un mystique, c’est- à dire quelqu’un qui a « expérimenté » quelque chose ou bien il ne sera pas chrétien »…Mais, jointes à celle-ci, il fait deux autres remarques qui eurent moins d’écho. La seconde se rapporte au service de ce monde concret, en s’y enracinant, en vivant une vie spirituelle plus incarnée, et la troisième traite de la nécessité d’une nouvelle ascétique de la liberté. Nous trouvons ces trois aspects très marqués et entremêlés en parcourant les écrits et la vie de Madeleine Delbrêl. Son témoignage revêt une grande actualité pour la tâche urgente de retrouver des voies qui canalisent une manière d’être dans la vie, contemplative et agissante, qui donnent un sens au christianisme du XXIe siècle. Elle a voulu introduire au cœur de la vie séculière de nouvelles manières de faire l’expérience de Dieu, de réorienter sa vie vers les visages les plus démunis et d’approfondir les chemins de l’hospitalité et du dialogue.

 

- Père Sayed MARROUN, prêtre du diocèse maronite de Tripoli (Liban) : « L’influence de Charles de Foucauld dans la pensée eucharistique de M. Delbrêl »
Charles de Foucauld a exercé sur Madeleine Delbrêl une influence évidente, bien que non exclusive, selon plusieurs aspects professionnels, théologiques et spirituels. Les différentes thématiques de la lecture faite par Madeleine Delbrêl de l’expérience eucharistique du père Charles témoignent de la manière dont ce prêtre a influencé sa pensée sur l’Eucharistie. Il s’agit de : la place centrale de l’adoration eucharistique dans la vie quotidienne ; le rôle essentiel de l’adoration pour le monde et pour l’Eglise d’où la nécessité de travailler pour l’extension de cette pratique ; l’adoration comme acte d’amour et plongée existentielle dans le mystère du Christ ; l’adoration en tant qu’expérience de proximité avec le Christ présent sous le mode sacramentel ; l’adoration entraîne l’expansion de la grâce et par là, elle est une expérience de corédemtpion ; une conception de l’Eucharistie sous l’angle du mystère de l’Incarnation, ainsi l’adoration est une expérience de compagnie du Verbe incarné et la célébration de l’Eucharistie permet une extension historique de l’Incarnation ; l’Eucharistie comme source de charité ; la sacramentalité de la vie chrétienne se réalise à travers l’Eucharistie qui permet au chrétien d’être configuré au Christ et d’assimiler le Christ pour qu’il constitue, de par son être chrétien, une médiation de présence du Christ pascal au monde.

 

- Edy NATALI, Pistoia (Italie), enseignante en théologie et auteur : « Notes simples pour simples chrétiens du XXIème siècle »
La grandeur de Madeleine est la suivante: faire “de l’éternel avec le temps, permettre qu’effleure l'éternité à chaque instant de la journée, dans chaque acte habituel, la présence étonnante de Dieu; réussir à percevoir, aussi dans la plus simple, petite et insignifiante partie du réel, son fondement ontologique divin.
Elle a vécu intensément sa vocation de Dieu parmi les hommes de son temps, en lisant dans le drame de l'humanité athée l'appel à un christianisme de frontière, à une vie adaptée ‘aux tranchées’, sans habitudes, idées préconçues, capable de se modeler sur les exigences de l’autre:
Un christianisme de frontière est un christianisme conscient des risques, mais en même temps, certain que le propre échec personnel ne coïncide pas avec celui du Règne, ni que le propre succès ne coïncide pas avec sa réalisation définitive. C'est un christianisme qui pousse l’Église à redevenir refugium peccatorum, qui freine ceux qui exigent « un certificat de bonne conduite », rendant ainsi visible son option préférentielle pour les derniers de l'histoire et dissipant toute conception cathare ou béni-oui-oui, qui ferait de l'Église une sorte de club auquel il est possible d’adhérer seulement à certaines conditions.
Tout cela se traduit par le choix d'un langage simple et essentiel, qui interprète la réalité de tous les jours sans pour autant la réduire à une pensée simpliste, résultat d'un rapport naïf ou superficiel avec l’existence. La simplicité dont on parle ici est passée au creuset de la souffrance, rendant le chrétien conscient que l’on ne peut pas "déclarer profane ce que Dieu a purifié" (At.10, 15), du moment que tout provient des mains de Dieu et que tout a été sauvé en Christ.
Il s’agit ainsi d'interpréter l'adjectif ‘simple’ qui est répété avec insistance dans le titre de cet article: la simplicité est en effet le résultat d'un processus souvent long et douloureux; elle se trouve au terme et non au début de la route, elle est une conquête de l'homme, mais en même temps un don de Dieu.

 

- Mgr Pierangelo SEQUERI, Théologien et recteur de la Faculté théologique de l’Italie du Nord (RTIS) à Milan : «Actualité du témoignage de Madeleine Delbrêl »

 

 

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