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LA VOCATION SELON MADELEINE DELBREL

19 janvier 2018

Sortie à l’occasion de « L’année de la vocation », d'un petit livre sur la vocation selon Madeleine (148 pages, 13 euros) chez Nouvelle Cité. Ses auteurs, qui achèvent par ailleurs la publication des écrits pour les équipières, reprennent la formule de leur petit livre récent sur la miséricorde : un itinéraire d’ensemble largement appuyé sur des textes. Ils mettent en lumière l’originalité d’une vocation de laïque qui inspire aujourd’hui de nombreuses vocations. En voici de brefs aperçus.

Non un cadeau préfabriqué, mais une tâche à accomplir


   La vocation va de pair avec la rencontre de Dieu, c’est ce qui lui donne une cohérence initiale. Mais elle n’est pas un cadeau préfabriqué que Dieu nous donnerait au moment de le rencontrer et que nous n’aurions qu’à mettre en oeuvre. La découverte de Dieu est en même temps un engagement dans un nouveau style de vie. Celui qui découvre Dieu, qui est ébloui par lui comme l’a été Madeleine, ne voit pas s’ouvrir sous ses pas un chemin tout tracé d’avance, avec un itinéraire bien balisé et des étapes bien définies. Il se voit confier un cadeau qui est l’Évangile. C’est avec l’Évangile qu’il va devoir tracer lui-même sa route. Il va découvrir sa vocation, non pas comme quelque chose qui serait déjà là, déjà écrit, et qu’il n’y aurait plus qu’à décrypter mais comme une tâche à accomplir. Pour exprimer cela, Madeleine emploie l’expression « prendre l’Évangile », comme si elle devait s’en emparer, entrer en lutte avec lui, et cela dans le but de le comprendre.
   Compréhension qui n’est pas seulement intellectuelle mais aussi et surtout vitale, au sens où l’Évangile pénètre l’être tout entier, transforme la personne et s’inscrit dans une pratique. Chacun reconnaît sa vocation peu à peu en comprenant et donc en vivant
l’Évangile selon la grâce qui lui est donnée. Voici, par exemple, une de ses expressions saisissantes : « Celui qui ne prend pas dans ses mains le mince livre de l’Évangile avec la résolution d’un homme qui n’a qu’une seule espérance, ne peut ni en déchiffrer ni en recevoir le message.1 »

***

L’Évangile : boussole de la vocation


   Le dynamisme de ce départ, tout comme sa cohérence, vient de Celui qui appelle. Celui qui est appelé se saisit de l’Évangile pour l’étreindre en quelque sorte et le comprendre. S’il était l’objet d’une connaissance seulement intellectuelle, l’Évangile resterait difficile. Il se comprend en se pratiquant, en restant à l’écoute de celui qui nous le donne et qui, au jour le jour, nous en fait mesurer les conséquences dans notre vie quotidienne. L’Évangile est la boussole de la vocation :
L’Évangile de Jésus a des passages presque totalement mystérieux. Nous ne savons pas comment les passer dans notre vie. Mais il en est d’autres qui sont impitoyablement limpides. C’est une fidélité candide à ce que nous comprenons qui nous conduira à comprendre
ce qui reste mystérieux.
2
   Et comme l’Évangile ne se comprend que par étapes, la vocation elle aussi s’éclaire au fur et à mesure que nous la laissons se déployer dans notre existence :
Je crois qu’au départ, il y a vingt ans, nous avons reçu comme en germe la volonté du Seigneur. Comme dans une plante, tout ne s’est pas développé à la fois, et chacun des aspects de cette volonté s’est souvent éclairé pour nous, pendant quelques mois ou quelques années au détriment des autres.3
   Il faut donc laisser à la vocation le temps de se développer et de trouver l’équilibre de ses différentes composantes parfois tentées de prendre chacune une importance excessive. Il faut laisser à l’Évangile, et à tout l’Évangile, le temps de prendre possession de notre vie.

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La Vocation chrétienne dans ce qu’elle a d’essentiel


   La vocation de Madeleine ne serait-elle donc rien d’autre que la vocation chrétienne ? Fondamentalement, on peut répondre oui. Quelle que soit la forme que revêt la vocation personnelle, elle est toujours une réponse à l’amour du Christ et une façon singulière depropager cet amour. Un des problèmes, c’est que beaucoup de chrétiens ne ressentent pas leur vocation chrétienne comme une vocation. Chrétiens depuis la naissance, chrétiens d’habitude, de pratique, ils n’ont pas l’impression d’avoir été choisis par le Christ et d’avoir eu à choisir le Christ en retour. Ils se distinguent peu du monde
dans lequel ils évoluent, juste ce qu’il faut pour pouvoir dire : je suis chrétien. La foi n’a pas mis dans leur vie le dynamisme qui les entraînerait vers une radicale donation. Leur foi n’est pas essentielle.
Cela peut même arriver à des religieux et à des prêtres qui, une fois passés les premiers enthousiasmes, laissent leur amour du Christ se diluer dans la médiocrité. Or c’est bien cet amour qui est resté vivant et agissant dans la vie de Madeleine Delbrêl, qui a toujours inspiré ses choix et qui ne l’a jamais quittée. C’est pour cela que sa vocation est
restée vivante. Mais la source de sa vocation n’est pas différente de celle de tous les chrétiens, elle est appel à vivre l’Évangile et à l’annoncer. Elle est appel à ce que chacun soit pour nous comme un frère4, aimé d’un amour surnaturel. Les conseils évangéliques et la vie en fraternité sont au service de ce qui est le but ultime de la vie chrétienne : que chaque homme devienne un frère ; pas seulement les chrétiens, mais tout homme, celui qui croit comme celui qui ne croit pas, et que je dois traiter comme mon frère, dont je dois me rapprocher pour le servir en tous ses besoins et lui annoncer que le Royaume de Dieu est proche.

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La vocation des autres


La longue recherche de sa propre vocation n’empêchait nullement Madeleine Delbrêl de s’intéresser à la vocation des autres et d’être très sensible à la diversité des appels : « Nous n’avons pas le monopole de la vie chrétienne. Nous n’avons pas le monopole de l’Évangile », disait-elle à ses compagnes au cours de la retraite de Bagneux que nous avons déjà citée, en septembre 1951. Et elle poursuivait :
Des gens peuvent vivre autrement que nous et être de parfaits chrétiens. Des gens peuvent, au nom de l’Évangile, voir les choses autrement que nous et être fidèles à l’Évangile. De cela il faut être convaincu si on veut être du Christ et de l’Église et non une cellule close et par conséquent condamnée à mort.5
On retrouve toujours chez elle ce souci de faire corps et cette faculté de reconnaître l’autre dans sa particularité, et donc dans sa différence. Parlant de leur appel commun, elle ajoutait : « Savoir que cet appel existe, savoir que d’autres appels existent nous gardera du sectarisme de groupe vis-à-vis de l’Église, du sectarisme de groupe vis-à-vis de chacune d’entre nous ». Souci de ne pas imposer leur manière d’être tout en vivant une fidélité totale à leur vocation ; souci également de la liberté de chacune à l’intérieur du groupe, car la vocation est personnelle, même si en même temps chacune doit respecter les exigences de la vie en commun. Ainsi, Madeleine nous apprend que trouver sa vocation ce n’est pas s’enfermer dans la relation avec le Seigneur, pourtant si fondamentale et si nécessaire, comme nous l’avons vu, mais c’est en même temps trouver sa place dans l’Église et y jouer son rôle, comme une pierre vivante qui s’ajuste aux autres avec bonheur.


(Extraits de La Vocation selon Madeleine Delbrêl - Partager la vie de
celui qu’on aime,
Nouvelle Cité, janvier 2018)

1 Madeleine Delbrêl, La sainteté des gens ordinaires, OC VII,op. cit., p. 155.
2 Madeleine Delbrêl, Humour dans l’amour, OC III, Montrouge, Nouvelle Cité, 2005, p. 57.
3 Madeleine Delbrêl, J’aurais voulu…, OC XIV, op. cit., p. 97.
4 Madeleine Delbrêl, J’aurais voulu…, OC XIV, op. cit., p. 43.
5 M
adeleine Delbrêl, J’aurais voulu…, OC XIV, op. cit., pp. 27-28.

 

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