1933 : Ivry-sur-Seine — Madeleine Delbrel

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1933 : Ivry-sur-Seine

À partir de 1933, elle exerce avec talent et de façon pionnière son métier d’assistante sociale.

15 octobre 1933 :

Installation de Madeleine à Ivry avec 2 amies : Suzanne et Hélène. Découverte du communisme et de son athéisme militant. Les équipes laïques qu'elles fondent avec l'abbé Lorenzo rassembleront jusqu'à une quinzaine de femmes.

 

"Le 15 octobre

Bien chère Louise

Je ne veux pas partir sans avoir réparé près de toi un long silence.
J'entre ce soir dans un groupe religieux nouveau : la " Charité de Jésus ", donné à la vie évangélique et au service des paroisses.
Je te reste unie et t'embrasse

Ta Madeleine
207 Route de Choisy Ivry s/ Seine"

 

Lettre à Louise Salonne, datée du jour du départ.

 

 

1935 - Installation au 11 rue Raspail.


1936 - Madeleine obtient son diplôme d'assistante sociale,


Sa thèse de fin d'études est publiée en 1937 sous le titre " Ampleur et dépendance du Service Social ".


" Je ne veux pas présenter le service social comme omniscient et omnipotent. Je veux simplement dire qu'il y a peu d'action, dans la société, à laquelle il ne soit mêlé ou de laquelle il ne soit appelé, logiquement, à se mêler ; qu'il y a peu de science sociale qui doive, au moins par un de ses aspects, le laisser indifférent.
Dans l'action, il a cette chance d'être présent à tous les bouts de l'horizon social. Dans la pensée, il a cette autre chance de connaître expérimentalement. De là, une objectivité et un réalisme qui lui appartiennent et que j'ai voulu souligner. "


(Introduction de " Ampleur et dépendance du Service Social ", éd Bloud et Gay, 1937.)

 

1938 - Publication de " Nous autres, gens des rues " : s'y trouve définie la spiritualité du groupe.


" Il y a des lieux où souffle l'Esprit, mais il y a un Esprit qui souffle en tout lieux.
Il y a des gens que Dieu prend et met à part.
Il y en a d'autres qu'il laisse dans la masse, qu'il ne " retire pas du monde. "(…)
Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis est pour nous le lieu de notre sainteté.
Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l'aurait déjà donné. "


(Premières phrases de " Nous autres, gens des rues ", publié dans les Etudes Carmélitaines en 1938, puis en 1966 aux éditions du Seuil, dans le recueil qui porte son titre. )
 

 

1939 - La mairie d'Ivry l'embauche dans le service social, elle y travaillera toutes les années de guerre et d'après-guerre.

" Travaillant de plus en plus avec les communistes, de plus en plus d'accord avec eux sur le monde scandaleux où nous vivions ensemble et l'efficacité qu'exigeait la suppression de son scandale, j'arrivai à envisager une décision qui me paraissait harmonieuse. Je leur laissai leur athéisme, je gardai notre Dieu et ensemble nous luttions pour la justice humaine.
Avant de prendre cette décision, il me parut normal de relire l'Évangile d'un bout à l'autre. En effet, si je ne l'avais pas abandonné, je m'étais peu à peu spécialisée sur des pages auxquelles je revenais sans cesse: celles où le Christ stigmatise mauvais riches et pharisiens; appelle au secours vers les pauvres; celles où le Christ m'apparaissait comme le leader révolutionnaire des petits et des opprimés. C'est une espèce de besoin d'honnêteté qui me fit entreprendre une relecture complète.
Tout en exigeant que j'aime mes amis communistes infiniment plus que je les aimais, l'Évangile éclairait brutalement entre moi-même et le communisme un désaccord fondamental jusqu'à nouvel ordre irréductible. J'étais fort ennuyée...

(...)

( Elle lit aussi " Lénine et la religion ", une brochure du Parti) Je le rappelle, j'étais convertie récente - j'avais été et je reste éblouie par Dieu. Il m'était, comme il me reste, impossible de mettre sur une même balance Dieu d'un côté, tous les biens du monde de l'autre, que ce soit pour moi ou pour toute l'humanité.
Je dis les choses telles que je les vivais à mes camarades.. et depuis je les ai redites aussi souvent qu'il a fallu. A Ivry, j'ai accepté de travailler avec eux pour des objectifs définis, limités dans le temps, chaque fois où ces objectifs coïncidaient avec les commandements du Seigneur.

(...)


(Dernière conférence de Madeleine, le 16 septembre 1964, publiée dans " Nous autres, gens des rues ". p.311, éd du Seuil)

 

Puis la municipalité communiste est destituée en 1940. Le petit personnel communiste reste en place, Madeleine est nommée Déléguée technique chargée de la coordination des services sociaux à Ivry.

Puis en 1946, elle cesse son activité professionnelle pour se consacrer au groupe d’une quinzaine de femmes engagées avec elle.