L'insolite rayonnement de Madeleine : l'actualité en Italie
L’intérêt pour sa figure est en effet favorisé par la publication de la biographie de Gilles François et Bernard Pitaud (2014) et par l’édition de six volumes de l’oeuvre complète éditée par la maison d’édition Gribaudi de Milan, qui a également proposé la traduction des différents volumes monographiques déjà publiés en France.
Une autre contribution fondamentale est venue des interventions du pape François, depuis la catéchèse du mercredi 8 novembre 2023 jusqu'aux multiples citations proposées dans son salut final au Synode des évêques, le 26 octobre 2024, dans lesquelles il la comptait parmi les grands témoins de la passion évangélisatrice et inspiratrice d'un authentique renouveau ecclésial.
Un signe incontestable de l’intérêt pour la figure de Madeleine est reconnaissable dans le fait que plusieurs étudiants de facultés théologiques (Padoue, Rome, Milan, Bologne, Rimini) et d’universités d’État (Milan, Macerata, Venise) l’ont choisie comme sujet de thèse. L'intérêt de ces recherches académiques a porté sur divers sujets, de la charité sociale à la spiritualité de la vie quotidienne, du langage mystique au lien entre mystique et engagement social, de la recherche de communauté et de fraternité dans un contexte déchiré par les guerres et les conflits sociaux à la spiritualité de l'évangélisation dans un monde sécularisé.
Un autre signe de l'actualité de Madeleine est le groupe des Amis italiens (235 membres inscrits à la liste de diffusion), qui se réunit deux fois par an sur des thèmes liés à la spiritualité et à la vie ecclésiale, avec des lectures de textes de Madeleine. Un petit groupe, les « Turaccioli » (les « Bouchons »), s'est également constitué, rassemblant des personnes de diverses vocations qui reconnaissent en Madeleine une figure marquante de leur vie.
Dans de nombreux milieux ecclésiaux, a été perçue la profonde consonance avec certaines des principales lignes directrices du magistère du pape François : la joie contagieuse de la foi qui se répand par attraction, la mystique de la fraternité, le besoin d'aller à l'essentiel, la nécessité de faire passer l'amour dans tous les signes de l'Église, l'horizon missionnaire comme critère de renouvellement ecclésial. En un certain sens, Madeleine a été une pionnière de « l’Église en sortie » si chère au pape argentin.
Le quotidien est la marque de sa sainteté, une véritable « missionnaire à kilomètre zéro ». Un quotidien vécu en présence constante de Dieu, bien qu'immergée dans les mille tâches quotidiennes, en compagnie des hommes et des femmes de son temps, croyants ou non, dans une attention solidaire envers tous.
Personnellement, je me suis approché de la figure de Madeleine au début des années 80, lors de mes études à Rome, pour la fascination spirituelle de ses textes. De plus, venant de Bologne, ville-laboratoire du communisme italien, j'avais été frappé par l'originalité de son expérience évangélique dans un milieu marxiste. Peu à peu, il m’a semblé saisir, comme catégorie unificatrice et inspiratrice de son témoignage, une spiritualité de l’alliance rédemptrice, faite de proximité et d’acceptation du dépaysement comme passage nécessaire à toute incarnation authentique et prophétique de l’Évangile. Son « malheur à moi si je n’évangélise pas » combiné avec le « malheur à moi si évangéliser ne m’évangélise pas », me semble être la synthèse la plus féconde pour une spiritualité renouvelée de l'évangélisation.
Madeleine se révèle en effet capable d'introduire avec fraîcheur et profondeur à l'essentiel de la vie chrétienne, afin d'aider chaque baptisé à vivre sa foi coude à coude avec tous, dans un style de fraternité qui sait aussi accepter le défi de la solitude de la foi dans un monde radicalement sécularisé. Elle était convaincue que cette expérience, il fallait la considérer comme une provocation providentielle pour redécouvrir l'originalité inouïe de l'Évangile et la chance incomparable de la rencontre avec le Christ vivant dans l'Église.
Rencontre des Amis italiens de Madeleine Delbrêl sur le thème "Vivre dans le désert »
23 août 2025
Madeleine a su concilier, à partir d'une perspective clairement christocentrique, ce qui nous semble souvent inconciliable : l'absolu de Dieu et la proximité la plus aimante et fraternelle envers chaque personne ; le sens aigu de l'Évangile comme quelque chose de littéralement « inouï » et l'écoute sincère des « provocations » de son temps ; un amour inconditionnel pour l'Église, mais réaliste et sans mystifications, un amour fait d'une obéissance qui accepte « le risque de la soumission », mais inséparable d'une coresponsabilité entreprenante et courageuse ; le souci de la compétence professionnelle et l'immersion « théologal » dans la certitude de l'action puissante de Dieu ; la recherche audacieuse de nouveaux chemins pour l'évangélisation et un enracinement tenace dans la vie ecclésiale concrète ; l'humour de ceux qui « ne se prennent pas au sérieux », mais prennent au sérieux Dieu et son amour sans mesure, « sans nos mesures ». Tout cela dessine un style chrétien fascinant et d'une actualité bouleversante.
Plusieurs événements sont prévus en 2026 :
- la pièce de théâtre « Come gli scambi del treno » (« Comme des aiguillages de train »), conçue et interprétée par la comédienne Elisabetta Salvatori, vient d’être joué ce 3 janvier à Rome dans le cadre du Congrès national des vocations organisé par le Service national des vocations. Elle sera jouée le 5 mai dans l'église San Francesco à Parme et fin septembre dans le cadre du Festival franciscain à Bologne.
- une exposition consacrée à Madeleine est en préparation dans le cadre de la 47ème Rencontre pour l’amitié des peuples, qui se tiendra à Rimini du 21 au 26 août 2026. L’événement, promu chaque année par le mouvement « Communion et Libération », voit l’intervention de personnes de foi et de cultures différentes avec plusieurs centaines de milliers de participants (https://www.meetingrimini.org/).
Don Luciano Luppi - Prêtre du diocèse de Bologne, curé de Castelfanco et professeur de théologie spirituelle