Madeleine et Marie — Madeleine Delbrel

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Madeleine et Marie

1926, Madeleine Delbrêl reçoit le prix Sully-Prud’homme. C’était il y a cent ans ! L’année précédente, 1925, avait été difficile mais, à l’automne, Madeleine avait repris ses poèmes.

La publication un peu confidentielle de cinq d’entre eux en mars 1926 dans Nos Poètes l’encouragea. Puis, elle écrivit le 18 juillet à son amie Louise Salonne : « Il vient de m’arriver une agréable chose ». En effet, le célèbre poète Sully Prud’homme (1839-1907), membre de l’Académie Française depuis 1881 et premier prix Nobel de littérature en 1901, avait instauré un prix portant son nom et destiné à encourager les jeunes poètes. Madeleine est l’élue de 1926. Elle publiera l’année suivante le recueil, La Route, envisageant sérieusement une carrière littéraire.
Sur cette route, elle s’attache à Notre-Dame de Paris. Elle lui consacre trois poèmes. Elle voit la cathédrale comme un bateau prêt à partir et nous entraîner dans le mystère sauveur. Par trois poèmes, « Oraison », « Cantique » et « Ex-voto », elle chante dans La Route l’heureuse solitude, le silence dans la foule et déjà, une profonde communion.
En voici deux extraits dont le premier dit bien ce que l’on éprouve en entrant dans Notre-Dame :

Sur l’océan de solitude
C’est alors que tu m’as conduit ;
J’ai senti s’éloigner le bruit
Et naître ta sollicitude.
[…] Ô Notre-Dame !

 

 

Ô Reine de Paris, Dame dispensatrice,
Ton geste de prière et d’imploration
Prodigue aux douloureux ta bénédiction
Et le miracle naît dans ta main protectrice.
Et nous, les affligés des maux spirituels,
Étreignant dans nos flancs une âme demi-morte,
Nous tombons éperdus dans l’ombre de ta porte
Pour boire ton eau vive aux vases rituels.

Parmi les « affligés des maux spirituels » en quête de repos et tendresse, Madeleine, jeune convertie, alla ainsi vers les cathédrales : Notre-Dame de Chartres, d’Amiens, de Paris et de Reims. Mais son itinéraire marial avait commencé bien avant alors que, tout bébé, sa santé était en danger. Lucile, sa mère, avait des difficultés d’allaitement. On embaucha une nourrice qui put bien la nourrir. On le fit non sans avoir promis à la Vierge que, si la petite s’en sortait, on irait à Lourdes en pèlerinage de reconnaissance. Mystère sauveur, là déjà.
L’itinéraire marial se déploiera jusqu’au testament spirituel de janvier 1958, adressé à ses équipières de La Charité et dont voici la finale :


« Et si j’ai cru quelquefois être tant soit peu votre mère, à l’heure où j’aurai vu Dieu, c’est à la Vierge Marie que je vous aurai confiées, elle qui a été tellement Mère qu’elle a pu être la Mère de Dieu. »

À noter : Un futur tome XVIII des OEuvres complètes est en préparation, consacré entièrement aux poèmes de jeunesse.


Gilles FRANÇOIS